"Mon Amouuur... "
"..."
"Mon Amouuuuuuur ?..."
"Gnnnhein ?... quoi ?..."
"Mon Amour, réveille-toi... faut que je te dise un truc..."
Un "truc", il est 4h54 un dimanche matin et elle veut me dire un truc.
"Il y a une chauve-souris dans l'entrée... Apple-Pie la pourchasse depuis une demi-heure !"
Ah oui... un "truc", un "truc" tout simple qui ne réveille pas d'un seul coup au milieu de la nuit avec l'efficacité d'un lance-pierre combiné à un seau d'eau glacée. Une
chauve-souris, chez moi. Une chauve-souris qui agace l'instinct meurtrier de ma chatte, qui perturbe la paix de mon foyer et irrite ma nuit déjà courte (considérez que je m'étais couché
vers 3h du matin après une discussion passionnante et riche avec mon Meilleur Ami).
Une chauve-souris... Batman ! Et moi qui n'ai rien à me mettre !
Ma compagne prend immédiatement les choses en main, le plan de bataille est rapidement dressé :
1 - Sortir de la chambre.
2 - "Il faut sauver le soldat Apple-Pie" abandonnée à l'ennemi dans les affres nocturnes de l'obscurité hostile.
3 - Ramener Apple-Pie en zone alliée.
4 - Neutraliser l'envahisseur en limitant son accès à la cuisine.
Ma compagne, en bon général de brigade, reste au Q.G., c'est moi qui dois aller affronter le monstre.
Récupérer le chat n'a pas été une mince affaire, il a fallu développer des trésors d'imagination pour la distraire de son nouvel ami ailé et la ramener au bercail des chats-heureux. Mais, à
l'aide d'un élastique dont on la sait folle, nous l'avons sauvée des griffes de la menace aérienne ennemie.
Bien... très bien. Mais le plus difficile reste à faire.
Tout d'abord, vérifier que les foules civiles sont en sécurité. Ragott, insouciant, s'éclate dans sa cage, Tic et Tac tournent en rond dans leur aquarium. Tout va bien de ce côté.
Ensuite, prévenir les renforts. Inutile de composer le "18", nous avons un moyen d'appel plus rapide. La bougie.
Une fois les populations civiles à l'abri, une fois les renforts contactés à l'appui de notre position, il faut sélectionner un armement adéquat pour affronter
l'ennemi tapi dans l'ombre de notre cuisine derrière un tuyau de chauffage, juste au-dessus de la porte d'entrée. Ne disposant pas de pistolet à neutrons, je me décidais à attaquer avec un
armement plus conventionnel : mon sabre laser Star-Wars que des Z'enfants de l'an dernier m'avaient offert.
D'un trait, j'ouvre la porte, je me faufile à quatre pattes dans la zone d'activité, me dirige furtivement vers la fenêtre tout en essayant de ne pas éveiller l'attention de l'envahisseur qui,
naïf, me croit encore endormi et ne s'est sans doute pas aperçu de la disparition du chat et du rétrécissement de son espace d'évolution. Tout en gardant un oeil attentif sur l'animal (que j'ai
pris soin de filmer avec le camescope de Mister D. en mode nocturne), je pose une main sur la poignée de la fenêtre que j'ouvre en grand, en vaste, en immense.
Ooooh, bien sûr, j'aurais pu me contenter de lui asséner un grand coup de sabre laser sur la cafetière et de l'achever à coup de talon. Il ne me fait pas peur Batman ! Mais je sais être seigneur,
je sais être grand, je sais être magnanime et généreux, et je préfère lui laisser la vie sauve. En même temps, je ne me voyais pas trop tapisser la cuisine de tripes de chauve-souris, même si sa
paire d'ailes griffues eussent été du meilleur effet comme trophée au-dessus de mon canapé.
Une fois ma mission d'ouverture de la fenêtre terminée, je retournais vers la base à quatre pattes. Ma compagne est là, derrière la porte close de la chambre, enfermée, en sécurité, en
soutien logistique et moral... elle joue avec le chat en chantonnant "Indiana Jones" et en appuyant mon action : "Vas-y mon Amour, t'es le meilleur, j'ai confiance en toi, non,
arrête de jouer avec cet élastique Apple-Pie, le moment est tragique, nous serons peut-être veuve et orpheline si l'Homme ne revient pas de sa bataille pour notre liberté".
Sympa le soutien moral, j'ai connu des campagnes de propagande plus efficaces.
5h12, l'heure de l'assaut avait sonnée (dong dong). J'avais l'avantage du terrain que je connais parfaitement. Quelques heures auparavant, j'avais préparé deux steaks hachés avec des nouilles que
j'avais fait revenir dans une petite réduction d'oignons avec de la crème fraîche, salez, poivrez, servez chaud. Toutes les lumières de l'appartement son éteintes, le monde est plongé dans une
obscurité propice à l'effet de surprise. Mon oeil de lynx (à lunettes, oui merci) s'habitue progressivement à la pénombre qui me devient familière et qui m'enveloppe de sa rassurante
couverture ténébreuse. Je tiens fermement mon sabre laser dans ma main gauche. De ma main droite, je m'agrippe sèchement à la poignée de la porte de la cuisine. Je l'entrouvre. Le silence est
pesant sur le champ de bataille, les forces en présence s'observent. Je sens la respiration haletante de l'animal dans l'obscurité... Bon... je lui laisse une chance, je referme la porte. Puis,
douuuucement, je l'ouvre à nouveau. Il est toujours là. Je lui octroie généreusement une deuxième chance.
L'opération "Batman go home !" va bientôt être déclenchée.
J'ouvre une septième fois la porte (pour la fluidité de la lecture, j'ai éludé quelques épisodes visant à laisser une fenêtre de sortie à la bête. La force armée doit rester la dernière solution.
Il faut privilégier les voies diplomatiques. La guerre est la dernière raison des rois : "ultima ratio regem").
Cette fois, c'est l'assaut ! En caleçon et T-shirt (ma tenue de combat-camouflage-cuisine), je me lance d'un bond félin dans le feu de l'action, mon sabre à la main. J'arc-boute mes
pieds nus sur le carrelage glacé de la pièce endormie. D'un geste vif, je ferme la porte pour faire face à l'agresseur, dans un demi-tour souple et rapide. La surprise est totale, le combat est
inévitable dont l'issue garantira la sécurité et l'intégrité de notre territoire familial.
Mais tandis que je pensais l'ennemi prêt à fondre sur moi, son campement est vide, abandonné.
Batman, appeuré, avait pris la fuite.
Heureusement, sinon je pense que j'aurais sauté par la fenêtre...
(Voyez le monstre, tapi dans l'ombre)





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