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Mardi 15 avril 2008

publié dans : Le coin médiathèque de Mister H.

A lui seul, le titre est un peu hérétique. Il ne le serait sans doute pas si "testament" n'avait pas été écrit avec un "T" majuscule. Mais là, l'apparition d'un signe d'imprimerie aussi manifeste en début de mot appelle la réflexion du lecteur et la guide forcément vers les bibliques écritures testamentaires que sont l'Ancien et le Nouveau Testaments.

Cette bande dessinée en quatre volumes de DORISON et ALICE retrace la quête légendaire d'un ancien inquisiteur déchu et d'une jeune orpheline. Ils cherchent un écrit apocryphe, investi du verbe premier, parmis les méandres de la chrétienté de la fin du Moyen-Âge.

L'histoire est riche autant en rebondissements incroyables qu'en références culturelles dérangeantes. Ainsi, si vous avez eu l'occasion de lire l'Apocalypse de Saint-Jean, certains passages de l'histoire ne vous laisseront pas de marbre. Le doute peut même s'immiscer si vous prenez le temps, lors d'un moment, ou au détour d'une page, de relire le texte révélateur de l'évangéliste.

Le dessin est soigné, soigneux et la mise en page est parfois éblouissante, souvent peu orthodoxe. La mise en lumière de certaines planches est superbement magique, les auteurs sont à la limite du travail des enlumineurs dont ils décrivent superbement l'œuvre.
L'histoire est menée de façon haletante du début à la fin. On trouve une référence, obligée, dans les premiers moments du premier album (Marc ou le réveil du Lion), à Sir Sean CONNERY dans "Le nom de la rose". On n'y échappe pas, mais c'est fait avec tellement de perfection que l'allusion reste totalement anecdotique.

Les quatre volumes sont à lire, à relire, à redécouvrir, à recomprendre. Il me semble qu'une lecture unique passe trop rapidement les nombreux détails de l'intrigue.

L'ensemble est à lire à tête mieux que reposée, à tête paisible et calme. Et pour peaufiner absolument l'ambiance que contient chacun des opus, vous pouvez vous permettre de les lire à la lueur d'une lumière faible, un soir de pluie en plein été.

Je rappelle le titre : "Le troisième Testament" de DORISON et ALICE aux éditions Glénat.

 

 

Troisième Testament I : Marc ou "Le réveil du Lion"

 

Troisième Testament II : "Matthieu ou Le visage de l'Ange"

 

Troisième Testament III : Luc ou "Le souffle du Taureau"

 

Troisième Testament IV : Jean ou "Le jour du Corbeau"

par Mister H.
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Lundi 14 avril 2008

publié dans : Le coin humour de Mister D. et Mister H.
Qu'est-ce qui est petit, mignon avec des antennes ?
par Mister H.
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Dimanche 13 avril 2008

publié dans : Divers

Aujourd'hui c'est dimanche, c'est le jour du Seigneur, et Jean-Louis est content.
C'est relâche, je prépare à reculons mon ultime TD de l'année, aussi paresseusement que passent les nuages accumoncelés dans le ciel triste et gris de cette journée languide et, paradoxalement, froide d'un mois d'avril qui n'en finit plus de commencer. Histoire de faire durer ce plaisir finissant, je multiplie les pauses et m'interroge: qu'est-ce qui peut pousser Cho-7 à vouloir absolument élire domicile dans mon cartable, dans lequel elle somnole depuis bientôt deux heures? Qu'est-ce qui lui fait envie?
Et moi, de quoi ai-je envie?
J'ai envie de chaleur, de soleil, d'air sec et sablonneux, j'ai envie de parler avec un accent exotique et de pouvoir prononcer correctement la jota, bref, j'ai envie d'Espagne.

Et que trouve-t-on en Espagne, ces temps-ci, qui vaut le détour?
On y trouve, entre autres choses diverses et variées, de jeunes réalisateurs de films qui, depuis quelques années, se font un nom en matière de cinéma fantastique et d'horreur (mais pas seulement).
Non, l'Espagne n'est pas seulement le pays de Pedro Almodovar, c'est aussi un pays qui fourmille de talents, de sensibilités et d'un instinct tout à fait aiguisé dès qu'il s'agit de créer une sensation de pétoche alarmante sur un grand écran (ou alors, dans un autre genre, de provoquer moult éclats de rire).

Voyons-en quelques-uns, pêle-mêle, dans une débauche de tirets:

- Jaume Balaguero, horrible personnage qui a le don d'exploiter de façon particulièrement efficace les peurs les plus simples, mais également les plus répandues, les matérialisant à l'écran autant par une suggestion angoissante que par des fulgurances choquantes. Pas spectaculaire, mais tellement flippant. A son actif:
- La Secte sans Nom (2000), si vous avez peur de l'inconnu, du danger anonyme..
- Darkness (2002), si vous avez peur du noir..
- Fragile (2005, inédit en salles mais disponible en DVD), si vous avez peur des hôpitaux..
- [REC] (2008), très bientôt en salles et dont le remake hollywoodien est déjà prévu pour une sortie en décembre..

- Alejandro Amenabar, réalisateur polyvalent d'origine chilienne, qui s'attache nettement plus à l'intime, aux sensations, questionnant directement le spectateur sur ce qu'il voit et sur la façon dont il le voit. Il a manipulé l'outil pour en tirer des films superbes, tous n'appartenant pas au registre du frisson (en particulier Mar Adentro (2005)).
A avoir traversé les Pyrénées, on trouve notamment:
- Tesis (1996)
- Ouvre les yeux (1997), refait à Hollywood sous le titre Vanilla Sky (2001)
- Les Autres (2001)

- Mateo Gil, scénariste très, mais alors très talentueux (il est derrière Ouvre les yeux et Mar Adentro, notamment), et dont, à ma connaissance, une seule des réalisations a passé nos frontières, et uniquement à la télévision:
- Jeux de rôles (1999/2000), thriller très réussi et surprenant.

- Alex de la Iglesia, sans doute le pionnier de cette nouvelle génération et dont la dernière réalisation, Crimes à Oxford, n'est inexplicablement pas à la hauteur du talent (mais dont le prochain film, l'adaptation de La Marque Jaune, est tout demême très attendu, by Jove!). Pour preuve, il s'est fait connaître par l'énergie et l'humour souvent très noirs, parfois touchants, et toujours déjantés de ses films, aux titres HD-readyques, parmi lesquels:
- Action Mutante (1992), un grand n'importe quoi qui tache produit par... tiens, tiens, un certain Pedro A.
- Le Jour de la Bête (1995)
- Mes chers voisins (2000), avec notamment Carmen Maura, égérie de.. Pedro, tu sors.
- Crime Farpait (2005)

Voilà la pause se termine. Bon dimanche à tous...

par Mister D.
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Samedi 12 avril 2008

publié dans : Le coin humour de Mister D. et Mister H.

Angoisse de tous les instants : l'apprentissage d'une langue étrangère dans la société contemporaine. La question, répétitive, lancinante, interpelle vos jeunes esprits riches et féconds : "doit-on maîtriser une langue étrangère pour réussir dans l'avenir ?".

C'est une question assez sensible.
Ici, Mister D. vous a déjà montré les effets des lunettes violettes sur les rockers. Je vous propose à présent d'étudier les effets du coca-cola sur les chefs de chantier...

Voyez Rintintin (un pote du chien du pote de Donald).

par Mister H.
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Vendredi 11 avril 2008

publié dans : Divers

Vous le savez, Z'enfants de tous les pays, le problème majeur des regroupements de juristes, quelle qu'en soit l'occasion, réside dans le sujet de conversation abordé.

Entre Z'enfants? Le plus souvent, la discussion va irrémédiablement s'orienter vers la fac, les cours, les mérites respectifs des enseignants, le travail à préparer, les souvenirs des années passées.
Entre chargés de t'aider? Le plus souvent, et de façon tout aussi inéluctable, la conversation va s'engager à propos des copies, du travail de thèse, des Z'enfants, de leur esprit malicieux.
Entre professionels? Le plus souvent, la bifurcation se fera très vite à propos de tel client, de tel dossier, des collègues, de l'éventuel patron ou principal associé du cabinet.

Vous le savez, et vous n'y pouvez rien: entre juristes, on parle de droit. Oh non, pas seulement. Mais mettez plusieurs juristes dans une même salle et vous n'y couperez pas. Il y a là de quoi exclure en un temps record tout aventurier transdisciplinaire qui, s'enhardissant sur les rivages d'une réunion juridique, finit très vite repoussé sur le rivage par les incessantes déferlantes des dernières nouvelles du droit. Et je ne parle pas des blagues de juristes.

Alors oui, ce n'est pas une malédiction, non! Il est possible d'échapper à cette tendance naturelle.

Ne reculant devant rien, pas même devant le reste, je me suis lancé dans l'aventure mercredi soir.

Avec un troupeau de médecins (et un informaticien).

Et là, miracle. Pas un mot de droit! Pas une allusion juridique! Pas un seul "a priori" ou "en l'espèce" à l'horizon!
Eberlué par un si radical changement de milieu, je me resservis très vite un verre d'un excellent breuvage déterminable, mais pas déterminé, j'ai nommé le "vin-surprise" de mon bar à vins préféré. J'étais bien, j'étais confortablement installé dans les douillettes premières vapeurs de l'alcool, encore inconscient du fait que je ne pourrais pas fumer avant d'être sorti du bar.
Et j'ai prêté attention aux discussions autour de moi, flairant l'inédit, espérant une solution aussi invraisemblablement simple que naturelle à cet étourdissant problème qu'est la discussion de juriste. Je n'avais pas encore réalisé que je n'étais qu'observateur, aucun des convives ne m'ayant encore adressé la parole. 

A ma gauche: un jeune et fringant représentant de la gent médicale, totalement et irrémédiablement absorbé par son vis-à-vis féminin, des reflets de braguette dans les yeux. Une bulle de conversation, voilà une bonne idée! Tout le monde parle de droit, aucun problème, isolons-nous par paire et engageons une joute verbale à propos de tout, de rien, de la solidité des podiums au régime alimentaire des hamsters! 
A ma droite: deux charmantes jeunes femmes, totalement et irrémédiablement absorbées par le récit de leurs dernières vacances, pourtant passées en commun. La conversation anti-Alzheimer, voilà une excellente idée! La discussion s'enlise dans les méandres de l'interprétation jurisprudentielle de la faculté de substitution? Aucun problème, remémorons-nous avec nostalgie et attention des souvenirs communs, complètement opaques pour le reste de l'assemblée mais qui nous rassureront sur le bon état de notre mémoire épisodique. 
En face de moi: à nouveau deux jeunes femmes, l'une plongée de façon totale et irrémédiable dans un monologue poignant, l'autre se contentant d'aligner les hochements de tête effarés. Le monologue, voilà une bonne alternative à la discussion! Sujet libre, temps de parole illimité, composition de l'audience indifférente: une vraie solution anti-juridique. 

Quid de l'informaticien, me direz-vous? Entre ces discussions riches et variées, totalement étanches, il me paraissait aussi perdu que moi. Nous sirotions notre verre de vin de chaque côté de la table, échangeant de temps à autre regards moqueurs et demi-sourires un peu vagues dans notre isolement respectif. Sans un mot. 

Je suis rentré tôt, mercredi... des cyber-discussions de juristes m'attendaient, je m'y suis totalement et irrémédiablement plongé. 

par Mister D.
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Vendredi 11 avril 2008

publié dans : Ca s'est passé un...

Aujourd'hui, c'est vendredi, c'est la folie, tout est permis.
Aujourd'hui, tel Mister Di., je me suis fait un plaisir tout p'tit, le genre de plaisir qui revigore l'extrême indigence d'une journée plate et morne comme un couscous sans semoule... Un couscous sans semoule, finalement, ce n'est qu'une potée auvergnate avec du poulet... sans les pommes-de-terre.

Aujourd'hui, je suis isolé, abandonné, je n'ai plus de ouistiti, plus d'envie, plus d'appétit. Alors, pour le repas de ce soir avec quelques amis, je suis allé faire des emplettes guillerettes dans une supérette. J'ai acheté l'indispensable et le nécessaire pour réussir un de ces plats de tueur qui font de moi une élite de la gastronomie mondiale à l'échelle de Nantes. Arrivé en caisse, je fais la connaissance de Patricia. Mon hôtesse est charmante, j'engage la conversation sur tout, rien, et ce qui va autour. Puis tout à coup, rattrapé par son destin caissier, elle botte en touche et me lance : "Ça fait quarante-cinq quatre-vingt-quatorze".
Aujourd'hui, c'est la folie, je fais un chèque, sapristi : "Vous ne le remplissez pas s'il vous plaît, la machine va le faire".
Laissons donc œuvrer la bête... Quand la machine eut accompli son impressive besogne, la douce Patricia me tendit mon chèque, rempli comme il se doit, afin que je l'authentifie de ma griffe.
Or, précisément, c'est bien d'une griffe qu'il s'agit et non d'une aimable croix ou d'un petit mot doux rapide que tout le monde peut faire. Il faut le reconnaître, ma signature est assez imposante, sans lever le stylo pour la rendre difficile à imiter (que celui ou celle qui n'a jamais imité la signature d'un de ses parents me jette la première cyber-pierre). Une fois mon autographe apposé sur la formule de chèque, je tends la lettre de créance à mon hôtesse qui s'étonne de l'ampleur du gribouillage... "Elle prend beaucoup de place" me lance-t-elle en rangeant l'affaire dans le tiroir de sa caisse.
Lors, prenant mon sourire le plus malicieux, mon regard le plus coquin et ma voix la plus suave, je me penche en avant au dessus du tapis et lui susurre assez fort pour être bien entendu : "Oui, et vous n'êtes pas la première femme à me le dire en public..." le tout accompagné d'un petit clin d'œil couleur-tout-de-suite.
Patricia aussitôt rougit, se sentit mal, puis finit par éclater d'un rire cristallin vite communiqué à la personne qui attendait derrière moi et qui n'avait rien raté de notre entretien. Patricia : Merci.

J'étais plutôt content de moi et je me dirigeais joyeux vers ma belle twingo grise qui m'attendait à quelques rares pas de mon exploit. J'avais réussi, par chance et sans m'imposer, à trouver une place de parking proche de l'entrée d'alors, devenue ma sortie depuis. J'ouvre ma malle arrière, et là, dans mon ombre, tapi comme un crocodile à l'affût, froid et pénétrant, je le sens.
"Qui donc ?", demanderez-vous... et bien celui qui voulait ma place-proche-de-l'entrée (que j'ai l'habitude d'appeler "place-de-Dieu").
Là, mon esprit monstreusement monstrique se mit en marche. Je pris tout mon temps pour ouvrir mes sacs, sortir les courses solides et les mettre dans un sac, puis les achats fragiles dans l'autre, faisant mine d'ignorer tout à fait la gluance du véhicule pilleur de place-de-Dieu. Franchement, je pensais qu'il ne tiendrait pas une minute. Mais cinq minutes après le début de mon manège, il piaffait toujours à quelques mètres de moi, son moteur vrombissant presque des insultes par-dessus le cliqueti agacé de son frein à main... A la fin de mon transbordement de courses, je sortis la tête de mon coffre, posai les mains sur mon caddy puis, laissant ouvert mon véhicule, j'allai remettre le caddy à sa place d'origine. En faisant le trajet qui me séparait du hangar-à-chariots, je m'imaginais le soulagement de l'automobiliste qui se disait que son attente était enfin terminée et qu'enfin il allait pouvoir se vautrer sur ma place-de-Dieu. Sagement, je range le caddy, je récupère la pièce-caution, la glisse dans ma poche de pantalon et, dans le même geste, j'en extirpe mes clés de voiture. Je relève le nez et pose mon regard sur l'automobiliste impatient qui m'offre son plus magnifique sourire crispé : "Magne-toi la rondelle" semblait-il me hurler silencieusement...
Puis, m'approchant de ma voiture, je mis la main sur le coffre.
Dans mon dos, je l'ai entendu desserrer son frein à main... Mais il a dû enrager quand, contre toute attente, après avoir clos mon coffre, je m'assurais de ce qu'il était fermé à clé pour m'éloigner de ma voiture en direction de l'entrée du supermarché.

Ma place-de-Dieu, il faut la mériter !

par Mister H.
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Jeudi 10 avril 2008

publié dans : Le coin humour de Mister D. et Mister H.
Alors vous prenez un défilé de mode, vous lancez la responsable ou je ne sais quelle éminence grise du staff sur le podium, après le passage de tous les mannequins.

Pour pimenter la situation, n'hésitez pas à pimenter la situation.
Oui... voilà, la situation, faut la pimenter, faut la PImenter la situation, la PImenter.

Ca donne du piquant, et hop, et même mieux : "et boum"...

par Mister H.
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Mercredi 9 avril 2008

publié dans : Le coin humour de Mister D. et Mister H.
Quelle différence y a-t-il entre la SNCF et une lessive ?
(Proposée par Mathieu L1 - Ex. gpe 2)
par Mister H.
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Mardi 8 avril 2008

publié dans : La biographie posthume d'Ernest HEMINGWAY

N'ayons pas peur, il y aura une vie au-delà de tous ces tracas pour Ernie, Cunégonde, Ondine, Freud, Mauricia...

N'ayez pas peur, cette œuvre majuscule aux contours incertains vivra à travers le monde dans la plénitude d'une joie sans fin.

N'ayons jamais peur, Ernest n'est plus de ce monde, mais son esprit est sur nous à tout jamais.

C'est ainsi que tout s'achève, voici l'ultime chapitre, il se passe de commentaires plus amples car, nécessairement, plus inutiles...

Chapitre 21 : Le départ de Slippy

19 novembre 1933

Depuis notre rencontre un matin d'octobre, Slippy et moi coulions une vie paisible, ne s'éloignant jamais beaucoup l'un de l'autre. Nous échangions ensemble, devisant sur le prix du coton, la couleur des sous-vêtements féminins, et l'agressivité de certaines lessives riches en phosphates (H3PO4 comme chacun sait). Il n'est pas rare que je revienne sur son passé douloureux, mais le sourire béat de Slippy me rappelait que la vie est belle. La complicité de Jean-Baptiste, que j’ avais sobrement surnommé son "Itsy-bitsy-teenie-weenie-tout-petit-petit-slip-kangourou", m’était bien utile. Car les plaies de 1930, la brûlure de la main droite et le pincement de la main gauche compliquèreent lourdement la tâche, pourtant quotidienne, de l'enfilage du sous-vêtement. (Essayez donc d'enfiler un caleçon avec une seule main, brûlée qui pis est). Aussi, Slippy se faisait-il tout sec au matin quand son ami de chair, son support de vie, exigeait de s'habiller, aux heures où l'homme préfère se vêtir plutôt que sortir seul et nu dans la rue sordide et froide.

Un soir de novembre, après une journée de labeur intense, j’éprouvai le besoin biannuel de laver mon slip. C'est humain, presque tout le monde le fait.

La chaleur de l'eau était pour moi une habitude depuis ma brûlure. Je ne sentais plus rien de la main droite. Mon moignon gauche ne me servait qu'à maintenir mon linge sous l'eau. Slippy m'attendait sur le rebord du lavabo. Il avait enlevé ses habits, il était nu, il était beau comme un slip endormi un soir de pleine lune. J'adorais particulièrement ces moments d'intimité entre nous. C'était un rituel : le baigner tout en gardant bien sa poche en dehors de l'eau pour qu'il puisse respirer, le savonner délicatement, partout, même dans les endroits les plus inaccessibles. Il m'avait reproché au début de ne pas bien laver sa poche, pourtant propice à devenir un nid de microbes et de bactéries en tous genres. J'avais eu honte et depuis lors, je prenais garde, comme un toréador.

La journée avait été éprouvante. J'avais eu à affronter Salvator RAL dans un concours de bilboquets pour monomanistes. J'avais gagné à l'issue d'une lutte admirable. Beau joueur, mon adversaire m'avait donné rendez-vous chez moi pour célébrer ma victoire.

Slippy baignait dans son lavabo blanc. Il jubilait et nous étions heureux. Soudain on frappa à la porte. C'était Salvator. J'empoignai Slippy de ma main brûlée et m'empressai de passer mon peignoir rouge pour me présenter à mon huis. J'ouvris maladroitement ma porte, me découvrant, en peignoir, un slip trempé à la main, face à mon hôte. Babillant quelques politesses d'usage, je priai Salvator de pénétrer dans mon humble logis. Naturellement, mon invité me tendit sa main, la seule : la droite. Bien vite, je pelotonnai Slippy, encore humide dans la poche de mon peignoir pour accomplir ce geste de paix naturelle.

La soirée passa, délicieuse. Rires, gloussades, ce fut superbe. Salvator manqua me faire mourir de rire quand il proposa qu'on joue un air de piano à quatre mains.

Au fil de la soirée, j'avais oublié Slippy qui dormait dans la poche de mon peignoir, quand, glissant ma main dans ma poche, sa présence humide se rappela à mon souvenir. Je l'avais ignoré pendant toute la soirée, lui, mon unique ami, mon compagnon des pires journées et des nuits les plus suaves : il avait quitté mon esprit, j'avais ri sans lui.

Je pris sur moi de l'imposer dans notre soirée et le sortis délicatement de la poche de mon peignoir.

Une vision infernale m'emplit aussitôt le cœur : Slippy était devenu rose au contact de la pigmentation rouge de ma veste d'intérieur. Les souvenirs les plus horribles s'imposèrent à mon esprit : la culotte rose, la commode, la lampe à pétrole, le piège à loup, 1930, Saint-Ex, le Brésil, Mauricia et des relans d'égout me remontèrent aux narines. Sans réfléchir, dans un reflex de peur instinctif, je lançais Slippy à l'autre bout de la pièce. L'angoisse était trop forte, il avait revêtu les couleurs de mes peurs les plus profondes, il représentait les stigmates d'un passé encore vivace. Face à moi, le sourire de Salvator avait disparu, laissant place à une crispation zygomatique. Il avait su lire dans mon regard que la crainte d'un retour du passé était trop vive pour la masquer, même à un inconnu que j'avais battu l'après-midi même à une partie de bilboquet. Il sut me convaincre de ce que le blanc immaculé de Slippy ne reviendrait jamais, il resterait rose pour toujours. Slippy comprit, dans le coin opposé de la pièce, qu'il n'était plus désiré. Il ferma le tiroir du bas de la commode, après avoir récupéré ses affaires, essuya une larme ultime, et planta son regard dans le mien. Il m'agonit d'injures légitimes auxquelles je ne sus rien répondre. Puis, sautillant, il prit la fuite vers l'escalier de l'immeuble.

Superbe dans son désespoir, sur le pas de la porte, une jambe dans l'appartement et l'autre dans l'avenir, il se retourna vers moi.

Il me fit un dernier reproche que je n'ai jamais oublié.

- Ce que tu m'as fait, Ernie, personne n'avait jamais osé le faire à un slip, même souillé. Tu m'as sorti de l'angoisse d'une nuit sans fin au fond de ta commode, tu m'as fait visiter la Ville-Lumière, tu m'as offert les délices de ton corps et la chaleur de ta peau. Je t'en sais gré, Ernie, merci.

Il fulmina, de rose pale qu'il était, il devint carmin.

- Mais ce soir, hoqueta-t-il, ce que tu me fis, est pire que la pire chose que le pire humain fit au pire slip. Un simple changement de couleur suffit à finir ce que tu avais provoqué. Je ne t'en veux pas, Ernie, renchérit-il. Vois-tu Ernie, je n'aurais jamais pensé qu'un jour, même une nuit... je n'aurais jamais pensé qu'un jour, tu pus faire confiance à un inconnu. Je ne pensais pas qu'un soir Ernie crut RAL.

Puis il s'enfuit. Mon dernier souvenir est son pas sautillant de kangourou dans l'escalier du Moulin Rouge.

Je ne m'en remettrai jamais...

 

- Fin -

par Mister H.
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Le concours du mois de mai

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