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Mardi 29 janvier 2008

publié dans : La biographie posthume d'Ernest HEMINGWAY

Je ne vous cache pas qu'à la suite du précédent chapitre, j'ai eu un peu de mal à reprendre mon souffle. C'était torride, épouvantablement insoutenable de légèreté, de sex-appeal, de froufrous, de frafras, de miam, de slurp, de glouglou.

On a peine à imaginer qu'un homme de la trempe de Ernest puisse se laisser aller à une aussi pénible source de plaisir que la nourriture. Mais quoi, finalement, c'est un homme comme tout le monde. Cette soirée intime et délicieusement langoureuse en tête-à-tête avec Ondine ne tenait qu'à un fil. Heureusement, un galinacé, des marrons, une grosse lame (sans doute un opinel), une allumette et olé ! Le festin des rois à Baga dans le Missouri.

Le voyage vers Lima se poursuit lentement. Les canions succèdent aux vallées, les montagnes font suite aux mers sauvages, la vie d'Ernest est de plus en plus agréable.

Plusieurs mois se sont écoulés depuis le dernier chapitre super-ola-ola. A force de courage, de marche et de sautillements en tout genre, notre pimpante petite troupette avance lentement vers le Pérou.

Nous voici au mois de Mars 1921, Ernest, Ondine et Joachim sont au Mexique, sur le point de franchir la frontière Sud avec le Guatemala. Ils ont posé leur bivouac dans un petit cirque spécialisé dans le spectacle sans parole.

Para bailar la bamba... se necessita una poca de gracia... arriba arriba, on y va !

Chapitre 11 : une soirée à Tapachula
31 mars 1921

Quatre-cents kilos de guacamole ! Deux tonneaux de téquila, cinq cents litres de rhum... tout était là pour une soirée de détente totale avec Ondine, Joachim et nos amis qui nous avaient si généreusement accueillis dans le coeur de leur petite troupe bien amusante. Au début de la soirée, les modalités de conversations entre nos deux communautés étaient un peu compliquées. Autant nous étions horriblement bruyants, autant ils étaient terriblement silencieux.
Au début, quand nous les vîmes, nous fumes un peu interloqués. Leur comportement consistait à se donner des grands mandales dans la figure, puis à se sourire béatement, puis à recommencer jusqu'à épuisement. Dès que nous constatâmes ce combat de catch silencieux, nous nous décidâmes à intervenir. N'y tenant pas, nous soulevâmes Ondine de son fauteuil. Après que nous eumes dévissé ses jambes, nous nous en servîmes comme javelot. Joachim, très aguerri à ce genre de pratique réussit du premier coup à assommer le plus violent de la bande. A notre grande surprise, au lieu de se ruer sur celui qui les frappait depuis une heure, les autres se jetèrent sur nous dans un silence étouffant. Dans la débandade de la situation, Joachim et moi n'eumes aucune autre solution que de lancer l'autre jambe en bois de Ondine sur la meute qui se lançait sur nous. Notre jet ne parvint qu'à en assommer un qui s'effondra au sol dans un grand cri silencieux. La velléité des autres poursuivants s'emplifia d'autant. Joachim, Ondine et moi les trouvions extrêmement peu reconnaissants à notre égard, alors que nous les avions délivrés du joug oppressant de la brute épaisse que nous avions gracieusement endormie. Au lieu de nous manifester leur satisfaction et leur joie en cherchant à nous embrasser, ils continuèrent de plus belle à nous poursuivre dans la chaleur ouatée de cet après-midi torride. Nous commencions à être à cours de projectiles. Il nous restait le fauteuil d'Ondine que nous lançâmes non sans peine, car même délestée de ses jambes, Ondine restait volumineuse, pour ne pas dire épaisse. L'absence d'exercice musculaire l'engourdissait autant qu'elle s'empâtait considérablement.. Nous sûmes que notre projectile avait atteint son objectif lorsque les hurlements d'Ondine cessèrent et que ses injures à notre égard s'estompèrent sous les coups de nos poursuivants.
L'embonpoint d'Ondine présentait deux avantages. D'une part, sa lourdeur nous assurait un puissant boulet de projection, et d'autre part son enveloppement garantissait que les coups portés par nos agresseurs ne lui feraient pas trop de mal. Nous avions tout à y gagner, et Ondine aussi, en même temps qu'elle pouvait perdre du poids grâce aux efforts musclés de ses nouveaux amis très silencieux. Nous ne doutions pas qu'elle nous remercierait un jour.
Quand ils en eurent fini avec la surcharge pondérale de notre amie, leur poursuite à notre égard reprit. Nous préférâmes rendre les armes. La vague humaine déferla sur nous, s'arrêta net face à nous, et nous dévisagea. Paniqués, Joachim et moi cessions même de respirer. Mais au lieu de nous tuer directement, ils reprirent leur ballet d'auto-mandales. Je dévisageais Joachim qui semblait interpellé par leur danse. De son oeil gauche, celui qui regardait le plus vers la droite, je vis jaillir la lueur d'intelligence.

- Heming, me hurla-t-il, j'ai compris : nous sommes en présence d'une compagnie de sourds-muets !

C'est alors que nous changeâmes de stratégie et que nous commençâmes à essayer d'entrer en conversation avec nos nouveaux amis. Nos tentatives désespérées pour leur faire comprendre notre langue muette furent totalement vaines. A force de violences, ma Mère m'avait brillamment inculqué les rudiments de la langue des signes. Si bien qu'à mesure de ma jeunesse, j'avais acquis les connaissances parfaites et que je maîtrisais absolument ce dialecte silencieux. L'inconvénient est que je connaissais le langage de l'Illinois et non celui du Mexique, ainsi, mes gestes étaient-ils sans le moindre effet sur nos amis mimes.
Couverts de plaies, les uns à force de parler, les autres à causes des violences infligées, nous décidâmes tous de nous réunir autour de leur festin privé : Guacamole, tequila, rhum.
Ce fut une soirée superbe et magique. Nos hurlements allaient de paire avec leur silence. Même Ondine, peu rancunière, s'amusait.
La magie de la soirée s'interrompit cependant brutalement, sans qu'aucun de nous trois ne comprît pourquoi. Ondine venait de revisser sa jambe droite quand il lui prit l'idée de se gratter le sourcil gauche avec le médium de sa main droite. A la seule vue de majeur dressé au-dessus des autres doigts sagement repliés, sans que nous comprîmes pourquoi, nos mimes se crispèrent un tantinet. Cléa (celle des mimes dont nous connaissions le prénom et le nom : Molette) donna le signal à Imati (un autre mime). Quand le mime Imati aperçut le signal de la mime Molette, les autres (le Mime Ars, le Mime Hey) stoppèrent leur activité.

C'était le signal de la curée !

Joachim et moi nous enfuîmes en courant.
Sa jambe gauche à la main, sanguinollante à l'extrême, Ondine essayait de nous suivre en sautillant.

(A suivre.)

par Mister H.
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Commentaires

Oh mon dieu :!!!! Que de jeux de mots, de fascécies verbales, de talent... Et même, l'évocation de la téquila délicatement bue à la douceur d'une belle et chaleureuse soirée d'été mexicaine avec des muets comme seule compagnie... Ah, ça vous force à dire que la vie n'est pas si mal... Et surtout, ça change de la consommation d'un demi de bière à la terrasse d'un bistrot Lillois beigné dans un froid qui n'a rien d'humain et entouré de personnes dont on pourrait croire que leur vie dépend du nombre de conneries qu'ils débitent... 
Enfin...
Commentaire n° 1 posté par Dumb le 29/01/2008 à 23h07

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