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Mardi 4 mars 2008

publié dans : La biographie posthume d'Ernest HEMINGWAY

Je vous le dis tout net : je n'y croyais plus ! C'est un peu la nouvelle du siècle, peut-être même du siècle prochain, peut-être même la nouvelle absolue que l'humanité entière attendait : Ernest est amoureux.
Tous les syndrômes sont là : palpitations cardiaques sur un rythme effreiné, sudations importantes, muqueuses sèches, muscles bandés. C'est fort, c'est beau c'est Hemingway.

La rencontre avec Mauricia, valide, belle et souriante, avec deux bras de chair, de jambes et pas mal de dents est une bénédiction. La vie sourit à Ernest et peut-être enfin pourra-t-il construire une relation sérieuse, belle, amoureuse, rha, love.

Le brésil lui sourit, ses strings, son Christ-aux-bras-tendus, ses pains de sucres, ses plages paradisiaques au sable blanc fin et léger qui s'insinue dans les doigts de pieds, ses enfants radieux, ses footballeurs heureux... la belle vie.

Ondine, Joachim et les autres aventures d'Ernest sont dans son dos, et tandis qu'il se tourne vers son avenir, le soleil de la joie semble se lever sur les plaines arides et nues de sa désespérance.

Ris Ernest ! Ris à la vie, ris devant, ris derrière, ris de veau, ris pilaf, ris au lait, ris fort, ris basse mati. Ris à la vie car la vie ne s'est pas gênée pour se rire de toi. Tu as tant souffert, tu as tant vécu d'horribles histoires qu'à présent ton avenir est devant toi, mais tu l'auras dans le dos si tu fais demi-tour.

Le chapitre 16 marque un virage à 360° dans le style littéraire d'Ernest. C'est fort, mais c'est inutile. Car, considérons qu'un virage à 360° consiste à tourner sur soi-même pour reprendre la même direction. Dans ces conditions, autant ne pas tourner sur soi-même et avancer, on gagne du temps.

Et il est où, hein, le Ernie ? Il est où le gentil p'tit toutouuuuu ?
Allez, c'est bon, on y va !

Chapitre 16 : J'aime
21 mars 1922

L'amour, c'est fort, l'amour c'est dûr, l'amour ça tue. Je n'avais vécu jusqu'ici que dans la crainte de mon prochain et dans la révérence envers la nature et envers Dieu. Mauricia, m'offrait une porte sur un futur meilleur et une vie de rêve, entourés par nos enfants et nos pois sauteurs. Le sentiment amoureux m'était inconnu, Mauricia me l'avait donné. J'avais envie de sautiller partout où elle était. Le simple fait de la voir était pour moi un contentement maximum, une satisfaction du quotidien qui suffisait à mon épanouissement personnel.

Nous conversions de tout et de rien, de la pluie, du beau temps, de l'amour et des fleurs des champs. Il nous arrivait même parfois de nous taire et de nous regarder immobiles et impassibles dans le soleil couchant, qui, pourtant me brulait profondément les rétines. La chaleur de l'amour, combinée aux brulures insoutenables de l'astre solaire étaient un enchantement. Tandis que je me consumais d'un amour incroyable, mes yeux perdaient leur vue petit à petit. Mais qu'importe, j'étais heureux. Qu'importe, je kiffais la vibe à donf. Qu'importe, la vie près de ma douce était un ravissement et le beaume de son amour appaisait les douleurs de mon corps fragile.

La nuit chutait lentement et posait son voile de mystère sur notre couple. Au loin, les collines verdoyantes du Brésil se recouvraient d'une brume argentée. Dans le creux de la vallée de l'Acre, les replis du ruisseau formaient un serpent d'amour bruissant d'une fraiche tendresse. L'amour, la nuit et les flots ondoyants encerclaient ma vie d'un écrin de douceur. Au coeur de mon coeur, Mauricia était le diamant de ma soirée, l'or de ma vie, le platine de mon existence. Il n'y avait rien, elle m'apporta tout. Je n'étais rien, elle me rendit fort. C'est dans ses yeux que j'appris à lire la reconnaissance de l'être aimé. C'était beau. C'était grand. C'était fort...

... c'était idiot ...

... C'était idiot de ma part d'avoir placé la scène de notre première soirée aussi prêt d'un feu de camp. Lors, pendant que la chaleur de son amour m'envahissait, pendant que mes yeux brulaient à la lumière du jour mourant, les flammes entamaient doucettement la manche gauche de mon pantalon de toile fine. Les picottements que je sentais dans mes jambes pendant le long baiser langoureux que je donnais à Mauricia n'avaient dont rien à voir avec les premiers frissons du grand amour, ce n'était que les premiers assauts du feu contre mon mollet qui montaient le long de ma jambe. Quant à cette douceur mordante qui envahissait mon périmètre para-ombilical, contrairement à ce que je pensais, elle n'avait aucun lien avec les premières manifestations d'un afflux sanguin massif, dont l'insistance aurait pu provoquer l'édification du siège de l'amour, transformable en pain de sucre géant ou en mont Fuji pour les sept nains. Non, ce n'était pas ça.
Ce n'était pas sans évoquer pour moi une séance de badigeonnage thérapeutique suite à une contagion par la gale de Lassy. La notice informative indiquait une intense sensation de brulure après l'application du produit. Sortant de ma douche, à peine pubère, je n'éprouvais pourtant aucune gêne. Quand soudain, j'eus l'impression qu'un chalumeau avait été allumé entre mes jambes. Trois jours durant, je marchai jambes écartées, comme si j'avais fait l'exode sur un tonneau.
Un souvenir cuisant, oui, cuisant, c'était le mot. J'avais la même impression ce soir-là, près de Mauricia. Mais loin d'être une manifestation d'amour ou d'érotisme, ce n'était que le feu qui me brulait le bas-ventre. Passant d'un bond de la position assise à la station debout, je hurlais de douleur sous l'emprise des flammes qui dévoraient mon pantalon et mes chairs molles. Mes cris déchiraient le calme et la volupté de la nuit dans les soubresauts de ma souffrance. Mauricia me secourut aussitôt. Effrayée par ma situation, elle prit la casserole d'eau qui chauffait sur les braises rougeoyantes et en projeta le contenu sur ma jambe en feu. Elle manqua sa cible et m'ébouillanta le ventre. Surpris par cette nouvelle douleur fulgurante, je fis un bond en arrière, trébuchai sur un rocher saillant et roulai depuis notre éperon rocheux jusque dans la rivière qui coulait en contre-bas. Là, les eaux fraiches du ruis mirent un terme à l'assaut du feu.

J'avais les jambes brûlées au troisième degré, le ventre et le torse ébouillantés, et les yeux grillés par un soleil de plomb. Je m'époumonnais d'une souffrance aiguüe et cinglante. Je sautais sur place, agacé par les coups de douleurs dans la plupart de mes membres. Inconscient de mon environnement, lors d'un bond, je me fracassai le crâne contre une branche.

Dans ma chute, je sentis le monde tourner autour de moi et s'évanouir en sautillant.

(A suivre.)

par Mister H.
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Commentaires

Pour Jules Renard, "si l'on devait construir la maison du bonheur, la pièce la plus grande serait la salle d'attente"... C'est LA phrase qui m'est venue en lisant ces lignes... oh combien bouillonantes...
En effet, depuis 16 chapitres, notre pauvre Ernie va de malheur en souffrance en passant par de sombre plaisirs destructeurs qui, au final, concoure à l'echec patent qu'est sa vie, et donc, à sa souffrance... Aussi, on a l'impression que la vie d'Ernie (quelle assonance !) ressemble plus à une salle d'attente d'un toubib... A chaque fois, on a l'impression que le sus-dit médecin va nous prendre tout de suite, au taquet, là maintenant, en consultation... Mais non, le toubib est fourbe, le toubib est vil... Il préferera la pitite vieille toute défréchie, qui râle depuis que vous êtes arrivés dans ladite salle d'attente, son dentier émanant plus d'une vingtaine d'année d'odeur de repas essenciellement constitués d'ail, d'oignons (pas seulement ceux de ses pieds) de champignons (pas seulement ceux de... heu non rien)... Bref, le fait est que TU PASSES TON TOUR, TU ATTENDS ENCORE ET TOUJOURS !!! Mais ce qui est fort frustrant (alitération pour contrebalancer l'assonance) c'est que tu as eut l'espoir d'être pris en consultation... Le médecin  s'est, par ailleurs, apperçu de la faible lueur d'espoir qui scintillait au creu de ton oeil pâle (normal t'es malade)... Et toi, tu t'es surtout apperçu du regard méprisant de la vieille sus-décrite, et ta vie s'est écroulée quand ledit toubib a lancé un regard faussement désolé en ta direction avec un signe de tête... comme s'il t'annonçais que tu allé mourir dans la seconde à venir, que rien ne pouvait plus te sauver... Et c'est là que tu perds pieds... Tu as entretenu l'espoir de passer avant mémé... Mais tu attends... 
Et bien c'est un peu ça la vie d'Ernie : Un espoir permanant ... Il approche du bonheur (la porte s'ouvre)... et là, un truc cloche (une mémé clodicante)... Et là, c'est le drame : les portes du bonheur se referment à son nez comme la porte du toubib se ferme brusquement à ton propre pif emportant avec mémé et tout espoir de passer avant elle...
Voilà... je sais pas pourquoi j'ai écrit ça... je devais être dans un état second... Encore désolé pour la métaphore pour le moins triviale... Bien à vous !
Commentaire n° 1 posté par Dumb en mode inspiré le 04/03/2008 à 23h17

C'est beau...

Puis très vite...

C'est gore...

Commentaire n° 2 posté par Mégan le 04/03/2008 à 23h53

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