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Dimanche 9 mars 2008

publié dans : Quelques informations

Cruel exercice que celui de vous parler sans vous parler, quand l'envie de vous entretenir de certains sujets qui nous tiennent à coeur est encore plus pressante que toute envie naturelle (comme disait mon grand-père: l'amour est un feu qui dévore, mais il existe une envie encore plus forte). 

Ce serait un peu comme décrire une boule de billard sans parler de sa forme ni de sa couleur. 
Ce serait un peu comme, après avoir tué une mouche, décrire les sentiments de sa mère. 
Ce serait un peu comme vous refaire le coup de la blague du léopard. 

Et pourtant, chers Z'enfants, grande est l'envie de vous révéler quelques secrets, de vous faire profiter de nos conversations confidentielles, de vous dévoiler quelques projets HD-lirants, HD-tonnants, en un mot HD-chireurs-de-string-à-sa-mère. 

Hélas, trois fois hélas (ah, il en manque un: hélas!), notre côté pervers polymorphe nous empêche, nous dicte de ne rien vous dire. Mais il n'est pas le seul. Car notre côté pervers polymorphe n'est responsable que d'une partie des secrets que nous gardons tendrement au chaud, comme Landru garde la femme au foyer. 

Notre devoir de réserve aussi. Notre goût pour le mystère également. Notre appétance pour les grands effets et tout le tralala, itou. 

Que d'informations croustillantes pourrions-nous faire éclore à la face du monde et de la Sarthe, comme autant de bourgeons suintant de sève printanière, moites et dodus, pleins de promesses dégoulinantes, prêts à s'ouvrir au moindre titillement d'un chaud rayon de soleil, dardant son éclat puissant et aspergeant la nature de sa lumière scintillante. 

Mais non. Tels les plus infâmes mycéliums, nous nous terrons comme un vice-président américain à l'affût de l'attentat propice à son avènement. Lyndon B. Johnson se terra de Kennedy, et après lui Humphrey se terra, de Johnson. 

Bien entendu, il est des sujets à propos desquels nous ne nous retenons pas, notre mutisme relevant de la plus élémentaire conscience professionnelle. Ceux des examens, par exemple. 

Non, le secret est bien plus lourd à garder lorsqu'il relève de nos conversations informelles, à propos de nous, de vous, des autres, de nos tempêtes de cerveaux, de vos réussites, de vos angoisses, de nos projets secrets totalement dingues pour un certain jour déjà fixé et dont vous n'avez même pas idée, de nos conceptions du rôle de chargé de vous aider, de nos investigations diverses et variées sur des sujets que les consignes de ce journal, la pudeur, la morale et la loi m'interdisent de révéler ici... ah, que le fardeau d'un tel sacerdoce est parfois pesant. 

Mais nos oripeaux d'enseignants sont aussi bien utiles. Certes, ils nous grèvent d'une obligation de non-information. Mais ils nous permettent aussi de vous faire passer, à mots couverts, certaines des idées qui nous tiennent à coeur. Ils nous permettent encore de nous faire harceler par la coiffeuse et par les problèmes juridiques de son beau-frère. Ils nous permettent enfin de rester proches de vous et de protéger l'environnement. Oui, l'environnement bénéficie de notre usage parfois immodéré de WiLM, car nous nous dispensons de l'usage d'une automobile pour aller jusqu'à vous. Ah, les habits sacerdotaux... 

Que de non-dits, que d'énigmes irrésolues. Oui, c'est un bien cruel exercice que de vous parler sans vous parler.

par Mister D.
commentaires (4)    ajouter un commentaire recommander
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Commentaires

Que de talent dans l'écriture... J'aime particulièrement la femme au foyer de Landru ;)
Commentaire n° 1 posté par Dumb le 09/03/2008 à 18h03
Merci, Dumb, c'est trop. Trop trop. Mais merci.
Réponse de Mister D. le 09/03/2008 à 19h29
Trop ??? Rien n'est de trop pour vous célébrer, vous et votre illustre talent !
Commentaire n° 2 posté par Dumb le 09/03/2008 à 19h37
Belle déclaration !
Commentaire n° 3 posté par Le poète qui persévère le 09/03/2008 à 23h09
Quelle envolée lyrique!!
Mais encore une fois, on sent que tous n'est pas dit. L'envie est là pourtant, perceptible, ambiante... On sent que ce "jour certain déjà fixé" brûle les lèvres, qu'il veut s'échapper. Dieu que le prix à payer est cher pour avoir l'honneur et le privilège d'être un pervers polymorphe...  ^^
Commentaire n° 4 posté par A. fan du sourcil de mister D le 10/03/2008 à 19h12

Ah, vous avez remarqué le "jour déjà fixé"?

Je me demande bien de quoi il peut s'agir.

Réponse de Mister D. le 10/03/2008 à 20h17

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