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Bien à vous toutes, bien à vous tous,
Mister D. et Mister H.
Merci aux e-lecteurs
qui ont déjà parcouru ce journal.
Il y a 1 e-lecteur(s) sur ce blog
Outré ! Scandalisé ! atteint dans ma conviction profonde que Ernest seul peut sauver le monde. Hier, tandis que je rentrais de la Fac pour m'adonner aux vains plaisirs d'une
oisive détente méritée, au sortir de la gare de Nantes, on m'offre un journal gratuit. Sympa. Gentil, délicat... Comme tous les journaux de cet acabit, ça parle de tout sauf de ce qui vous
intéresse. Et là, (où ? Là !) dans les pages qu'ils nomment "culturelles", je lis l'invraisemblable à propos de Cloclo. Je vous laisse seuls juges : "On peut trouver dans les librairies [...] une
"autobiographie posthume"..."
Oh ! OOOOOH ! On se moque de qui là ? Ernest, l'illustre auteur magnifique du "vieil homme et le léopard" comparé à "Alexandrie, Alexandra, Alexandro, Alexandru" non mais oh !
Ca va pas la tête non ? je m'insurge ! Comment peut-on mettre en parallèle l'incroyable talent créatif d'Ernest avec la logorrhée gluante du chanteur électrique ?
J'ai honte... ça me fait penser, j'ai une ampoule à changer dans ma salle d'eau.
Si tu vas à Rioooooo, n'oublie pas de monter là-haut...
... et oui, zozo va, n'essaie pas de monter en bas !
Chapitre 17 : La surprise
16 août 1922
Je ne savais pas quoi offrir à Mauricia qui m'avait attendu si longtemps pendant mes journées horribles d'indicible souffrance à l'hopital d'Acre. Chaque jour à mon chevet, chaque
nuit à mon pied de lit Mauricia veillait ma respiration, guettait mes traits de douleurs ou mes grimaces de tristesse. Comment la remercier ?
Comment la remercier pour ces jours de bonheur intenses, sucrés, amoureux, tendres ?
Oh, certes, j'aurais pu connaître une petite rancoeur à son égard à la suite de ma transformation en écrevisse cuite lors de l'épisode de l'incendie humain qui m'avait rendu inimitable dans
le rôle de la torche humaine. Je pouvais aussi éprouver une certaine animosité à son égard, ça aurait été bien légitime. L'épisode du feu de camp avait réduit définitivement mes espoirs de
progéniture à néant. Ainsi que ceux liés à une éventuelle place victorieuse dans un course de fond.
Au lieu de ça, je voulais l'épater, la surprendre, la séduire.
J'avais en tête un dépaysement complet pour elle qui n'avait jamais vécu ailleurs qu'autour de ses pois sauteurs. La suivre au bout du monde me semblait la meilleure solution pour nous changer
d'air.
Mais où partir ? Loin, oui, mais où ? Et comment lui faire comprendre...
Je lui avais concocté un petit jeu intellectuel, et j'avais caché la destination de notre aventure entre les méandres d'un poème soigneusement rédigé pour qu'elle trouve sans souci. Le soir venu,
tendre moment du soleil couchant qui m'avait valu des blessures formidables, je lui offrais ces quelques lignes mémorables entre toutes :
Mon tendre amour, toi que j'aimerai toujours,
Sais-tu que quand tombe la nue, enivré de plaisirs,
Je rêve de t'emmener loin, au pays des désirs.
Fou parmi les fous, je rêve de sa tour.
Par delà les ondes, brumeuse à l'envi,
Couverte de lumières, la ville s'étend magique.
Sa vue charme les amoureux, séduit les nostalgiques,
Enchante les cigales, cro-onde les fourmis.
Mon amour, mon aimée, cette ville est une marmite
Frissonnant de culture, agitée de folie,
Elle sait donner l'allure aux douceurs de la nuit.
Mon amour, mon aimée, cette ville Satan l'habite.
J'avais certainement surestimé les connaissances géographiques de Mauricia. Elle pensa à Beyrouth, Tamanrasset, Maubeuge, et même Noeud-les-Mines, sans parler de Bormes-les-Mimosas
ou Villedieu-les-Poeles.
- Tu n'y es pas du tout, lui dis-je, ça n'a rien à voir avec tout ça. C'est une ville beaucoup plus vaste.
- Parigné le Polin ? Hasarda-t-elle...
- Euh... comment te dire ? non. C'est une ville plus vaste encore.
- Nan, je ne vois pas. Bondoufle ? La Bourboule ?
- Non.
Elle m'agaçait presque à ne pas comprendre les contours de mon dessein. Quand, entre deux bouffées d'hystérie, je lui avouai qu'on partait pour Paris... elle sembla ne pas
comprendre. Presque étonnée, elle n'avait manifestement jamais entendu parler de cette cité plusieurs fois centenaires.
- Je suis contente, ça va nous sortir un peu.
- Je suis heureux si ça te plait, rien ne me fait plus plaisir que de voir ton sourire édenté illuminer ton visage rougeaud. Embrassons-nous, mais pas sur la bouche, j'ai encore les lèvres
brulées au troisième degré, on dirait d'informes saucisses cocktail.
- Penses-tu que nous serons rentrés pour diner ?
Là, elle m'avait achevé d'un coup. Mais qu'importe, la ville-lumière était à nous, la Tour Eiffel serait notre Pain-de-Sucre. A nous Paris, à nous les Folies-Bergères, la Seine, la belle
vie.
Devant la bêtise de Mauricia, je fulminais un tantinet.
Le tout, en sautillant.
(A suivre.)
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