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Mardi 18 mars 2008

publié dans : La biographie posthume d'Ernest HEMINGWAY

Les douleurs infinies et plaintives de la vie d'Ernest sont désormais derrière lui. C'est d'un pas léger, le coeur au vent, accompagné de sa douce Mauricia qu'il décide de quitter le continent qui l'a vu naître. Alors qu'il a vécu le Pérou et le Brésil, le voilà décidé à filer vers Paris.

Paris : la ville lumière.
Paris : la ville multiséculaire aux reflets dorés.
Paris : la ville sublime au métro ronflant et aux tours tutoyant Dieu et chatouillant les saints du ciel. Paris Eiffel, Paris Invalides, Paris Notre-Dame. Paris tenté, Paris gagné.

Mais avant de poser les pieds sur les pavés intemporels et avant de se gorger du soleil de France, il appartient à notre aventurier de traverser accompagnée de sa douce, les myriades humides de l'Atlantique.

Vite vite... en route pour la France !

Chapitre 18 : vers Paris
23 septembre 1922

Ce qui m'impressionnait chez Mauricia, c'est la chaleur de son sourire. Dès qu'il paraissait sur son visage, iradiant de la blancheurs de ses dents la paleur du jour et la froideur du vent, la météo s'embellissait, mon monde avec.

L'embarquement a été difficile à bord de l'Espanioletta. Le Cargo partait du port de Sao-Paulo pour Le Havre. Nous avions obtenu un aller simple pour le vieux continent. L'Europe, la France, le Havre, Paris. Notre bonheur était immense, nous filions le parfait amour et vers notre destin.

Sur le quai lambrissé s'accumulaient les paquets les plus divers. Des cages d'oiseaux, des parcs à boeufs, des animaux de toutes espèces et de tous genres se battaient entre les cordages et sous le bruit des cheminées. L'ambiance était folle et les rares passagers cherchaient la quiétude et trompaient l'ennui par des jeux du quotidien : cartes, hoquet sur lambris, pêche, chasse, tir au pigeon d'argile... tout était bon pour braver le temps qui passe et les milliards de flots bleus qui défilent sous la coque du bâtiment.

Sur le pont arrière du cargo, un groupe de trois personnes s'adonnait aux plaisirs ancestraux de la pêche. Amorce, appats, ligne de fond, plombs, hameçons : toute la panoplie du parfait pêcheur de ligne en mer était là. La violence de la brise marine sembla avoir raison des cavités nasales d'un des protagonistes. De loin, nous percevions, Mauricia et moi, les gigotements de son nez sous la grattance des assauts du vent. Nous pariâmes sur le temps qu'il mettrait avant de succomber au plaisir libérateur de l'éternuement. Mais nous n'eûmes pas le temps de finir nos évaluations qu'une profonde inspiration annonça la libérations des fosses par l'expulsion réflexe des microbes incrustés dans le nez. Ce fut violent, ce fut beau, ce fut une extase. Le vent atlantique cessa pendant un temps ses agressions pour saluer l'exploit du pêcheur. Mais son exploit fut de courte durée. Car, aussitôt les premiers émois de l'éternuement passés, il s'aperçut qu'avec ses microbes, son dentier était tombé à l'eau. Ses deux comparses échangèrent un demi-regard avant de partir d'un rire tonitruant et contagieux. Et malgré la colère de leur ami, il redoublèrent de bonne humeur et de moquerie devant la mine renfrognée et les haussements d'épaule colériques de leur camarade.
Puis la colère passa et la partie de pêche reprit ses droits. Malgré le vent et les embruns, le malheureux enrhumé parvint à s'assoupir. Pendant son sommeil, ses amis échaffaudèrent un plan diabolique qui nous intrigua Mauricia et moi. Tandis que l'un d'eux ôtait son dentier, l'autre remontait lentement la ligne du malheureux dormeur. Une fois l'hameçon tout à fait hors de l'eau, il aggripa fermement le dentier à la ligne et remis l'appareil à l'eau.
Quelques longues minutes passèrent, les flots berçant l'amusement des garnements. Soudain, quand ils eurent réprimés leurs rires potaches, ils réveillèrent leur ami.

- Oh ! Arsène ! T'as une touche là, bon sang !

Arsène s'extirpe lentement de son fragile ensommeillement. Il ouvre les yeux et ne comprend pas bien les hurlements ambiants. Une touche ? Qui ? Quoi ?
Soudain l'éclair dans son regard : sa ligne. Il devait remonter sa ligne. Moulinant à l'envi, à une vitesse incroyable, il sortit de l'eau, ce qu'il croyait être son dentier. Abasourdi par sa prise, il s'empressa de libérer son implant dentaire des mailles hostiles de son fil de pêche. Fou de joie, il le porte à sa bouche, l'essaie dans un sens, puis dans un autre. Le sort, le contemple, le remet, dans un sens... dans un autre...

- Ah ben c'est bien ma veine, c'est même pas le mien !

Et il le jeta à l'eau devant la mine déconfite de ses partenaires.

Un immense éclat de rire parcourut le pont arrière de l'Espanioletta. Contagieux comme peu, le rire s'empara des comparses pêcheurs et les amusa beaucoup.

Les épaules sur le pont frétillaient de l'ambiance hilare. Nous étions joyeux. Nos rires égrainèrent longtemps la monotonie de cet après-midi là.

L'amusement collectif fit passer le temps plus vite.
Nous allions joyeux, et sautillant.

(A suivre.)

par Mister H.
commentaires (2)    ajouter un commentaire recommander
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Commentaires

... Un bien bel épisode... Ernest traverserait-il enfin les flots de ce grand bonheur ? L'océan de joie qui le ravira enfin ?

Commentaire n° 1 posté par Dumb le 18/03/2008 à 23h25
Possible Dumb... possible...
Réponse de Mister H. le 19/03/2008 à 01h18

Quel monstrueuse blague, c'est horrible c'est affreux (et il se moquent de nous --> Trouverez vous celle là?)

Commentaire n° 2 posté par anonymous interlocutor's ex student le 21/03/2008 à 00h13

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