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Samedi 22 mars 2008

publié dans : Pour aller plus loin...

Nombreux êtes-vous en ce moment même à vous prendre la tronche avec des concepts aussi ardus que la famille, le concubinage (concubinââââge), le mariage, le divorce, le PaCS, les fiançailles, etc. Ces efforts transprirogènes ne seront pas vains, et mercredi vers 19h30, vos angoisses seront terminées.

Joie, félicité, gloria, amour, paix, tranquillité, quiétude, respiration normale, battements normaux d'un coeur enfin rasséréné.

Chères et chers Z'enfants, vous avez tous trituré la matière juridique du droit des personnes et vous vous êtes sans doute extasiés sur le fœtus et sur la question, récurrente entre toutes et sensible comme peu, de sa potentielle personnalité.

La question est problématique depuis toujours, notamment en droit pénal pour savoir si le décès in utero peut être qualifié crime ou délit.

Mais la question peut aussi se poser en droit civil, et, précisément en droit des personnes, et encore plus précisément en droit de la vie privée, et tout spécialement dans le domaine du droit à l'image.

L'espèce a déjà été abordée en TD : une femme voit des clichés de son échographie 3D diffusée dans la presse montrant très clairement son fœtus.

Aussi, une question me hante, je vous la pose, sans avoir réellement de réponse, tout en ayant quand même une idée bien précise mais toujours prêt à la frotter à vos idées tel l'ail sur le crouton.

La mère peut-elle agir au nom de son fœtus non encore né pour atteinte au droit à l'image de l'enfant qu'elle porte ?

par Mister H.
commentaires (3)    ajouter un commentaire recommander
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Commentaires

Hmm. Méchant, avec tes casse-tête!
J'aurais tendance à dire non... parce que la mère ne s'est pas opposée à la captation, en premier lieu, de l'image de son foetus. Et aussi parce que le foetus n'a a priori pas la personnalité juridique.
Sauf que, me diras-tu, il y a ce truc, là, infans conceptus, qui pourrait arriver dans le tableau; il serait dans l'intérêt de l'enfant conçu de voir son droit à l'image protégé par sa mère.
On pourrait aussi s'interroger sur l'image elle-même: l'échographie, fût-elle 3D, ne permet pas vraiment l'identification de son sujet, qui plus est encore à l'état de foetus. Où serait alors l'atteinte?

Bref, je viens de griller plein de neurones, mais je continue à dire plutôt non. Plus ou moins. Et réciproquement.
Commentaire n° 1 posté par Mister D. le 22/03/2008 à 12h47

Hmmm, je suis pas méchant, je suis doux et tendre comme l'agnelet, le blanc, celui qu'on déguste à Pâques. C'est d'ailleurs l'occasion pour vous dire que ce soir c'est gigot de sept heures et gratin dauphinois... voilà.

Tout d'abord, concernant le droit à l'image, reposant sur la vie privée de l'art. 9 du Code civil, on sait que son étendue est, bizarrement, plus vaste. Elle s'analyse en deux temps, la captation et la diffusion. On peut ne pas s'opposer à la captation, voire l'autoriser, ça n'empêche qu'on ne peut pas présumer que la diffusion ait été autorisée. La mère ne s'est certes pas opposée à la captation de l'image de son fœtus, mais elle n'a pas expressément autorisé sa diffusion. A ce titre, cela l'autorise à défendre son droit à l'image propre comme diffusant un aspect de son intimité. Ainsi la notion de "lieu public" ne s'applique pas ici. Le ventre de môman est un lieu privé entre tous (si on peut parler de lieu), elle autorisé la captation de l'image, mais n'a pas prévu sa diffusion.

Naturellement, je t'attendais, la question de la personnalité du fœtus se pose et revient à l'esprit juridique comme une rengaine multidécennale... La question de l'application de "infans conceptus pro nato habetur quoties de commodis ego agitur" est de rigueur. Et précisément, n'est-il pas dans l'intérêt de l'enfant à naître d'être considéré comme une personne pour que sa môman agisse en protection de ses droits ? La question est ouverte et trouverait un écho dans l'action même de la personne une fois sa majorité atteinte. Le jeune de dix-huit ans peut-il agir contre la diffusion de son échographie, l'action ne se prescrivant que par trente ans.

La question de l'identification de l'enfant ne se pose pas trop selon moi, il suffit que le nom de la parturiente soit sur l'écho. A défaut, n'envisagerait-on pas une violation de la vie privée pure, au même titre que celui dont on diffuse une information personnelle sans diffuser son portrait ?

Donc pour ma part, rien ne s'opposerait à une action de la mère au nom de son enfant. Toutefois, une question se pose : quand peut-elle agir ? doit-elle attendre que la filiation soit établie (ce qui est nécessaire pour devenir responsable légale de l'enfant) ou peut-elle le faire pendant sa période de gravidité, ce qui induit une interrogation sur le droit de la filiation...

... aussi et inversement.

Réponse de Mister H. le 22/03/2008 à 16h58
Hum... la question de la publication potencielle des échographie y est-elle mélée ?

Cette question en pose-t-elle une autre plus oncidieuse... A savoir, un foetus peut-il avoir un droit à l'image ? Sans aller jusqu'au débat insoluble sur la personnalité juridique du foetus... Peut-on recconaitre un foetus parmi un autre ? A priori, non... Donc ledit foetus n'aurait pas de droit à l'image... et donc sa mère ne peut pas défendre un droit qui n'existerait pas...
Le seul moyen de savoir que ledit foetus est celui-là même dont la mère défends son droit à l'image serait le nom de ladite mère sur l'échographie. Or, on peut considérer que, là, ce n'est pas le droit à l'image du foetus que la mère défend... mais son propre droit au respect de sa vie privée... L'argumentation n'étant pas nécessairement convaincante, je vous l'accorde...

Commentaire n° 2 posté par Dumb le 22/03/2008 à 19h49
Je fais juste un caméo, calvalcade de responsabilité civile à la fin de la semaine oblige.

On commence par la fin. Pratiquement, la question du "à partir de quel moment" n'est pas d'une importance cruciale, s'il ne s'agît que d'attendre que (sonnez hauts-bois, résonnez musettes) soit né le divin fruit. Parce que vu les délais de prescription des actions, attendre la ponte me paraît raisonnable et ne portera pas préjudice. A moins d'un usucapion du foetus, mais il faudra alors lui acheter des chaussures. En plus, avant le merveilleux moment, la maternité n'est pas établie, à moins d'une reconnaissance. Donc la mère devrait attendre... d'aller en mairie faire cette reconnaissance. Elle attend son propre bon vouloir? C'est enceinte de 8 mois et ça veut déjà plus se bouger? Bon, c'était pour la blague, et je ne fais qu'énoncer clairement ce que vous ne faites que lachement sous-entendre, sans adhérer en quoi que ce soit à vos allusions.

Le principe de "infans conceptus pro nato" ne permet-il pas de ne protéger QUE les droits de "l'enfant" en considérant que le foetus est né? Le droit à protéger existe-t-il alors? A mon avis, non. Dans le cas de l'héritage par exemple, le foetus sera, s'il naît, l'héritier du "de cujus", qui, lui, a eu une personnalité juridique.
L'intéret de "l'enfant conçu", dit Mister D.: mais l'enfant conçu est né, sinon c'est un embryon conçu ou un foetus conçu. Et d'enchaîner: "son droit": mais le droit de qui? "Il" n'existe pas. Donc pas de droit dont il pourrait bénéficier une fois né, et qui nécessite une protection. En bref, je ne sais pas clairement l'exprimer, mais l'utilisation de l'infans conceptus me gêne aux entournures: je vois une distinction entre le cas classique d'application pour l'héritage et la protection d'un droit tiré de l'article 9 du Code civil, quand l'atteinte a eu lieu sur une personne inexistente.

Droit à l'image: il y a quand même un point à noter - l'échotomographie est un exament médical, même en 3D (hors le commerce "limite" qu'en font des non-professionnels de santé). Je rejoins donc Mister H. sur ce point: j'ai autorisé la radio de ma cheville, pas à ce que celle-ci soit diffusée par l'opératrice radio sur le net. Mais je suppose qu'il existe des dérogations quand ce matériel est utilisé dans un but scientifique. De toutes façons, le secret médical empêche la divulgation de l'identité dans ces cas.
En revanche, et en étendant sur ce sujet le propos, les juges ne pourraient-ils reconnaître un préjudice moral du fait que la mère "sait" que ce sont "ses" entrailles ou "son" bébé qui sont diffusés dans la presse, surtout si celui-ci ou celles-là sont, par exemple, difformes? Aveu: je n'ai pas recherché de jurisprudence, ce n'est qu'un passage en coup de vent.

Heureusement que c'était un caméo...

p.s.: concernant l'argument du parlement de "Bretagne", la gare de Lyon est à Paris et le palais des Papes en Avignon. Enfin, perso, tant que les Bretons sont pas à ma porte, hein...
Commentaire n° 3 posté par Bruno,L2, qui marche sur les sentiers sacrés du Dalaï Lama avec ses chaussures sales le 22/03/2008 à 22h03

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