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Lundi 7 avril 2008

publié dans : Ca s'est passé un...

Dans une année universitaire, il y a deux matins où attendre le retentissement de la sonnerie du réveil repousse aux limites de la grossièreté les bornes de l'inutilité. Ça ne sert à rien d'attendre qu'il sonne puisque l'esprit est déjà en éveil, la pensée en émoi, le coeur en ébullition.

Le premier matin, c'est au jour du premier TD. On se réveille si tôt qu'on en vient à se demander à quoi ça a servi de se coucher. Les pensées les plus diverses traversent la tête : comment commencer ? que dire en début de séance ? comment faire passer le courant au plus vite ? Comment tirer les premiers sourires, ceux qui galvanisent, qui rassurent, qui mettent en confiance, ceux qui, loin d'être un dû permanent, sont un cadeau à mériter, véritable carburant de chaque séance, moteur de l'intelligence, révélateur de la compréhension...
En quelques heures d'une nuit agitée, toutes les questions sont traitées pour essayer de percer les mystères de ce nouvel inconnu qu'on essaie de cerner depuis des années. Mais les réponses ne viennent jamais dans l'épaisse onctuosité silencieuse de la nuit d'avant la première séance. A force de se retourner dans tous les sens, l'esprit fertile en divagations oiseuses finit par avoir raison du corps épuisé, on se lève, on se prépare, on fait le deuil des questions restées sans réponse car, nécessairement, elles seront résolues dans les premières lueurs de l'aube. A quoi bon attendre le réveil, la journée sera si riche qu'on peut bien se dire qu'on dormira un autre jour...

Le deuxième matin, c'est à l'orée de la semaine des derniers TD. Le sommeil vient, oui, apaisant, tranquillisant, rassurant, réparateur. On laisse de côté les questions lancinantes de la semaine, on abandonne à Morphée les interrogations stériles sur l'inévitable issue d'une année de service complet. Il fallait bien que ça finisse puisque aussi bien cela avait commencé. On repense à ces "premières séances", quelle que soit l'année. On se dit que ce n'était pas si loin, hier peut-être, avant-hier sans aucun doute. On revoit les premiers sourires, les plus tendres en fin de compte parce que les plus difficiles à obtenir. On relit les premiers mails, on se répète les phrases qui font avancer, on se remémore les souvenirs d'une année riche... On compte les copies, on compte les SMS, on compte ces minutes particulières dont personne d'autre ne profitera jamais. On énumère les prénoms, on égraine les instants joyeux, on oublie les instants tristes, on méprise les instants d'angoisse. On s'amuse à compter le nombre de séances, à les convertir en jours, en heures, en minutes, en éternité si c'était possible.

La question n'est pas de refaire l'année, elle est passée, c'était bien ; on en a intensément humé chaque seconde, on a profité de chaque instant, on s'est gorgé insatiablement de toutes les minutes de bonheur qu'enseigner procure comme si elles étaient autant d'infimes parcelles de soleil chaleureux avant les ombres d'une nuit ténébreuse interminable.
La question n'est pas de refaire l'année, on ne savait déjà pas comment la charpenter il y a encore peu de temps.
La question n'est pas de refaire l'année, elle est faite et bien faite.

La question est qu'on rêve qu'elle n'ait été qu'un rêve, et que, puisqu'elle n'était qu'un rêve, on voudrait qu'elle devînt réalité.

par Mister H.
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