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Vendredi 11 avril 2008

publié dans : Ca s'est passé un...

Aujourd'hui, c'est vendredi, c'est la folie, tout est permis.
Aujourd'hui, tel Mister Di., je me suis fait un plaisir tout p'tit, le genre de plaisir qui revigore l'extrême indigence d'une journée plate et morne comme un couscous sans semoule... Un couscous sans semoule, finalement, ce n'est qu'une potée auvergnate avec du poulet... sans les pommes-de-terre.

Aujourd'hui, je suis isolé, abandonné, je n'ai plus de ouistiti, plus d'envie, plus d'appétit. Alors, pour le repas de ce soir avec quelques amis, je suis allé faire des emplettes guillerettes dans une supérette. J'ai acheté l'indispensable et le nécessaire pour réussir un de ces plats de tueur qui font de moi une élite de la gastronomie mondiale à l'échelle de Nantes. Arrivé en caisse, je fais la connaissance de Patricia. Mon hôtesse est charmante, j'engage la conversation sur tout, rien, et ce qui va autour. Puis tout à coup, rattrapé par son destin caissier, elle botte en touche et me lance : "Ça fait quarante-cinq quatre-vingt-quatorze".
Aujourd'hui, c'est la folie, je fais un chèque, sapristi : "Vous ne le remplissez pas s'il vous plaît, la machine va le faire".
Laissons donc œuvrer la bête... Quand la machine eut accompli son impressive besogne, la douce Patricia me tendit mon chèque, rempli comme il se doit, afin que je l'authentifie de ma griffe.
Or, précisément, c'est bien d'une griffe qu'il s'agit et non d'une aimable croix ou d'un petit mot doux rapide que tout le monde peut faire. Il faut le reconnaître, ma signature est assez imposante, sans lever le stylo pour la rendre difficile à imiter (que celui ou celle qui n'a jamais imité la signature d'un de ses parents me jette la première cyber-pierre). Une fois mon autographe apposé sur la formule de chèque, je tends la lettre de créance à mon hôtesse qui s'étonne de l'ampleur du gribouillage... "Elle prend beaucoup de place" me lance-t-elle en rangeant l'affaire dans le tiroir de sa caisse.
Lors, prenant mon sourire le plus malicieux, mon regard le plus coquin et ma voix la plus suave, je me penche en avant au dessus du tapis et lui susurre assez fort pour être bien entendu : "Oui, et vous n'êtes pas la première femme à me le dire en public..." le tout accompagné d'un petit clin d'œil couleur-tout-de-suite.
Patricia aussitôt rougit, se sentit mal, puis finit par éclater d'un rire cristallin vite communiqué à la personne qui attendait derrière moi et qui n'avait rien raté de notre entretien. Patricia : Merci.

J'étais plutôt content de moi et je me dirigeais joyeux vers ma belle twingo grise qui m'attendait à quelques rares pas de mon exploit. J'avais réussi, par chance et sans m'imposer, à trouver une place de parking proche de l'entrée d'alors, devenue ma sortie depuis. J'ouvre ma malle arrière, et là, dans mon ombre, tapi comme un crocodile à l'affût, froid et pénétrant, je le sens.
"Qui donc ?", demanderez-vous... et bien celui qui voulait ma place-proche-de-l'entrée (que j'ai l'habitude d'appeler "place-de-Dieu").
Là, mon esprit monstreusement monstrique se mit en marche. Je pris tout mon temps pour ouvrir mes sacs, sortir les courses solides et les mettre dans un sac, puis les achats fragiles dans l'autre, faisant mine d'ignorer tout à fait la gluance du véhicule pilleur de place-de-Dieu. Franchement, je pensais qu'il ne tiendrait pas une minute. Mais cinq minutes après le début de mon manège, il piaffait toujours à quelques mètres de moi, son moteur vrombissant presque des insultes par-dessus le cliqueti agacé de son frein à main... A la fin de mon transbordement de courses, je sortis la tête de mon coffre, posai les mains sur mon caddy puis, laissant ouvert mon véhicule, j'allai remettre le caddy à sa place d'origine. En faisant le trajet qui me séparait du hangar-à-chariots, je m'imaginais le soulagement de l'automobiliste qui se disait que son attente était enfin terminée et qu'enfin il allait pouvoir se vautrer sur ma place-de-Dieu. Sagement, je range le caddy, je récupère la pièce-caution, la glisse dans ma poche de pantalon et, dans le même geste, j'en extirpe mes clés de voiture. Je relève le nez et pose mon regard sur l'automobiliste impatient qui m'offre son plus magnifique sourire crispé : "Magne-toi la rondelle" semblait-il me hurler silencieusement...
Puis, m'approchant de ma voiture, je mis la main sur le coffre.
Dans mon dos, je l'ai entendu desserrer son frein à main... Mais il a dû enrager quand, contre toute attente, après avoir clos mon coffre, je m'assurais de ce qu'il était fermé à clé pour m'éloigner de ma voiture en direction de l'entrée du supermarché.

Ma place-de-Dieu, il faut la mériter !

par Mister H.
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