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Vendredi 11 avril 2008

publié dans : Divers

Vous le savez, Z'enfants de tous les pays, le problème majeur des regroupements de juristes, quelle qu'en soit l'occasion, réside dans le sujet de conversation abordé.

Entre Z'enfants? Le plus souvent, la discussion va irrémédiablement s'orienter vers la fac, les cours, les mérites respectifs des enseignants, le travail à préparer, les souvenirs des années passées.
Entre chargés de t'aider? Le plus souvent, et de façon tout aussi inéluctable, la conversation va s'engager à propos des copies, du travail de thèse, des Z'enfants, de leur esprit malicieux.
Entre professionels? Le plus souvent, la bifurcation se fera très vite à propos de tel client, de tel dossier, des collègues, de l'éventuel patron ou principal associé du cabinet.

Vous le savez, et vous n'y pouvez rien: entre juristes, on parle de droit. Oh non, pas seulement. Mais mettez plusieurs juristes dans une même salle et vous n'y couperez pas. Il y a là de quoi exclure en un temps record tout aventurier transdisciplinaire qui, s'enhardissant sur les rivages d'une réunion juridique, finit très vite repoussé sur le rivage par les incessantes déferlantes des dernières nouvelles du droit. Et je ne parle pas des blagues de juristes.

Alors oui, ce n'est pas une malédiction, non! Il est possible d'échapper à cette tendance naturelle.

Ne reculant devant rien, pas même devant le reste, je me suis lancé dans l'aventure mercredi soir.

Avec un troupeau de médecins (et un informaticien).

Et là, miracle. Pas un mot de droit! Pas une allusion juridique! Pas un seul "a priori" ou "en l'espèce" à l'horizon!
Eberlué par un si radical changement de milieu, je me resservis très vite un verre d'un excellent breuvage déterminable, mais pas déterminé, j'ai nommé le "vin-surprise" de mon bar à vins préféré. J'étais bien, j'étais confortablement installé dans les douillettes premières vapeurs de l'alcool, encore inconscient du fait que je ne pourrais pas fumer avant d'être sorti du bar.
Et j'ai prêté attention aux discussions autour de moi, flairant l'inédit, espérant une solution aussi invraisemblablement simple que naturelle à cet étourdissant problème qu'est la discussion de juriste. Je n'avais pas encore réalisé que je n'étais qu'observateur, aucun des convives ne m'ayant encore adressé la parole. 

A ma gauche: un jeune et fringant représentant de la gent médicale, totalement et irrémédiablement absorbé par son vis-à-vis féminin, des reflets de braguette dans les yeux. Une bulle de conversation, voilà une bonne idée! Tout le monde parle de droit, aucun problème, isolons-nous par paire et engageons une joute verbale à propos de tout, de rien, de la solidité des podiums au régime alimentaire des hamsters! 
A ma droite: deux charmantes jeunes femmes, totalement et irrémédiablement absorbées par le récit de leurs dernières vacances, pourtant passées en commun. La conversation anti-Alzheimer, voilà une excellente idée! La discussion s'enlise dans les méandres de l'interprétation jurisprudentielle de la faculté de substitution? Aucun problème, remémorons-nous avec nostalgie et attention des souvenirs communs, complètement opaques pour le reste de l'assemblée mais qui nous rassureront sur le bon état de notre mémoire épisodique. 
En face de moi: à nouveau deux jeunes femmes, l'une plongée de façon totale et irrémédiable dans un monologue poignant, l'autre se contentant d'aligner les hochements de tête effarés. Le monologue, voilà une bonne alternative à la discussion! Sujet libre, temps de parole illimité, composition de l'audience indifférente: une vraie solution anti-juridique. 

Quid de l'informaticien, me direz-vous? Entre ces discussions riches et variées, totalement étanches, il me paraissait aussi perdu que moi. Nous sirotions notre verre de vin de chaque côté de la table, échangeant de temps à autre regards moqueurs et demi-sourires un peu vagues dans notre isolement respectif. Sans un mot. 

Je suis rentré tôt, mercredi... des cyber-discussions de juristes m'attendaient, je m'y suis totalement et irrémédiablement plongé. 

par Mister D.
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