Vous le savez déjà très bien, chères Z'enfants, chers Z'enfants, j'ai des joies simples.
Et parmi ces minuscules moments de plaisir, il y en a un que j'affectionne tout particulièrement.
Tuer les rêves d'un enfant.
Hier, l'incommensurable Mister H., mon Z'héros mersonnel, et moi avons tout déchiré à la journée portes ouvertes de la faculté. Fermement installés dans le hall du bâtiment Thémis, prêts à faire
face à toutes les surprises, nous avions emmagasiné suffisamment d'énergie pour répondre aux attentes de vagues de futurs Z'enfants, parfois accompagnés de leurs parents. Et vagues il y eut,
un véritable tsunami de lycéens avides de connaissances et le coeur empli d'interrogations.
Grâces soient rendues, à cette occasion, à tous les Z'enfants qui se sont déplacé, ont participé, ont écouté, ont répondu aux questions, et ont joué, à l'occasion, le rôle de guide
touristique. A vous tous, merci!
Grâces soient également rendues à nos collègues, qui nous ont fait le plaisir d'être là.
La journée a très vite bien démarré. Les visiteurs, mi-effrayés, mi-rassurés par le paquet de M&M's mis à leur disposition, prenaient place tour à tour devant nous. Explications, amusement,
renseignements, foufouterie, démonstrations, rassurage, blagounette, l'équipe a plutôt bien fonctionné.
C'est les yeux plein d'espoir, les mains chargées de documentation, le coeur vibrant d'une passion déjà en germe pour le droit (parce que le droit, c'est sympa!) et les tympans endoloris par les
vociférations paroxoystiques de Mister Y. que les jeunes recrues se relevaient et allaient parcourir les locaux.
Jusqu'à ce que.
Jusqu'à ce que se présentent devant nous une jeune Z'enfant, très stylée, la veste ornée d'une magnifique fleur en éponge, accompagnée de sa soeur (?) et de son grand-père.
C'est ce dernier qui prend la parole en premier, parlant au nom de sa progéniture, évoquant ses souvenirs de Licence en droit d'un temps que les moins de.... hmm, disons vingt ans ne peuvent pas
connaître, m'interrogeant sur les formations dispensées à la faculté. Sa petite-fille, visiblement mal à l'aise, attend de pouvoir s'exprimer. Elle finit par prendre la parole, et me demande, un
peu ennuyée, si le droit pénal occupe une place importante dans le cursus.
Hmm. Je connais ce regard. Je connais cette question. Je connais ce rêve. J'aurais pu être surpris, mais là, non.
- Attendez voir, lui dis-je... ne me dites pas que vous voulez être profiler?
L'ennui fait place à l'intérêt, puis à l'espoir sur son visage qui s'allume
comme un ciel d'été orageux par une chaude journée du mois d'août.
- Ouiiiiiii!
Une future profiler. Ma journée aurait été incomplète sans ce petit moment. L'espace d'un instant, j'envisage de lui répondre "j'ai envie de vous dire lol". Puis je me place en position
fronto-phalangienne (je me prends la tête à pleines mains, en d'autres termes).
- Non mais attendez un instant... c'est à cause de la série Profiler, hein? Vous savez que le métier de profiler n'existe pas en France? Qu'il s'agit, pour résumer,
d'une combinaison de psychologie et de statistiques, et que si vous voulez acquérir les connaissances nécessaires en psychiatrie criminelle, il vous faudra suivre une bonne dizaine d'années
d'études médicales, sans compter que le droit pénal n'entretient, au final, que peu de rapport avec le métier?
Dans une réaction tenant à la fois de la décomposition et du défi, ce qui est, au final, tout à l'honneur de cette jeune lycéenne face à tant de méchanceté gratutie de ma part, elle
m'assène alors une réplique définitive, la fleur ornant sa veste elle-même semblant me dévisager avec haine:
- Mais j'ai un tas d'autres projets, par exemple j'ai aussi envie de devenir styliste!
Bien.
Bien, bien, bien. Que répondre? Que dire? J'étais complètement pris au dépourvu, en un mot, surpris. Elle m'a pourri, en une phrase, la joie que je sentais déjà monter au creux de mon
estomac, le plaisir simple que j'éprouvais dans l'annihilation de l'espoir enfantin.
J'ai donc du me résoudre à réendosser le rôle de chargé de t'aider, et à répondre au mieux à ses autres questions. Son grand-père, un peu perdu, gardait le sourire.
Dommage. Quelques minutes plus tard, c'est Mister H. qui a accueilli une future juge pour enfants...
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