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Jeudi 15 mai 2008

publié dans : Ca s'est passé un...

J'ai des joies simples, très très simples même, vous le savez tous.
En fait, un rien m'amuse, m'émerveille, je m'ébaubis à la vue d'un papillon gazouillant dans la nature bucolique et bouillonnante de ce printemps chaleureux, je m'extasie devant un café en forme de sourire...

Mais, et vous l'aurez remarqué, mes joies simples m'amènent parfois aussi vers les rives écorchées du monstrisme, vers les récifs escarpés et tranchants de la méchanceté gratuite. Vous vous souvenez ainsi de la toute jeune, toute innocente, et pourtant toute sûre d'elle profileuse-styliste, par exemple.

Hier après-midi, à Laval, je surveillais l'épreuve combinée de droit des obligations - régime des obligations, accompagné de Marie-Jo, qui au passage a rempli son office de co-surveillante avec une efficacité redoutable.

Face à cinquante Z'enfants concentrés, terriblement concentrés, incroyablement concentrés, tellement que personne n'a même pensé à s'absenter pour satisfaire un besoin bien légitime pendant trois heures, je ne pouvais tout simplement pas résister.

En cette période post-prandiale, alors que les brumes de la digestion envahissaient mon champ de vision et m'obligeaient à parcourir l'amphithéâtre comme un épileptique sous substance halogène pour resté éveillé, une idée purement méchante a germé dans mon esprit semi-anesthésié.

Tout ce petit monde était bien de trop concentré à mon goût, et j'avais remarqué, incidemment, que le système audio de l'amphi était d'une puissance tout à fait redoutable.

Par ailleurs, et par une coïncidence tout à fait remarquable, mon intérêt pour le micro qui était sagement posé là, offert, attendant que je lui fasse vibrer la membrane, s'est manifesté à une proximité plus qu'étonnante de l'annonce habituelle des 30 minutes restantes avant la fin de l'épreuve.

D'un geste nonchalant, et alors que pas une tête ne dépassait au-dessus des copies, j'ai donc allumé le micro...
Puis, dans le même geste, je me suis douuuuuuucement approché du micro....
Et enfin, à haute, forte et intelligible voix, alors qu'une mouche aurait entendu l'écho d'un vol de canards à trois pâtés de maisons de là...

J'ai innocemment beuglé "IL VOUS RESTE TRENTE MINUTES".

Et là... vous savez, lorsqu'on regarde un film qui fait peur au cinéma, il est une chose essentielle que l'on rate toujours, en tant que spectateur. Une chose que chacun devrait voir au moins une fois, parce que c'est tout de même très rigolo, et qu'au milieu d'un film qui fait peur (alors même qu'on sait qu'il ne s'agit que d'un chat derrière le rideau de douche) ou d'un examen, ça détend.

Cette chose, c'est la vision de cinquante personnes sursautant à l'unisson, l'oeil effaré tel le lapin devant les phares d'une voiture, l'un lâchant son stylo, l'autre poussant un petit cri d'effroi...

Et c'est bon... Si seulement j'avais pu filmer ça.


par Mister D.
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Lundi 5 mai 2008

publié dans : Ca s'est passé un...

Ca y est, c'est parti, les partiels ont débuté ce matin.

Pour certains d'entre vous, l'heure est encore à la fébrilité, au stress, à l'attente qui se prolonge avant le début effectif des épreuves.
Pour d'autres, les hostilités ont déjà donné lieu à une première bataille.
Pour tous, c'est une période difficile, parce que les enseignants sont cette fois-ci face à vous non plus pour vous transmettre des connaissances, mais pour vous juger. Leur regard change, le vôtre aussi, le silence de l'amphi a remplacé la voix de l'enseignant et le bouillonnement de vos esprits a remplacé l'écoute et les discussions.

Vous savez que, de notre côté, la période des examens est également source d'angoisse, de malaise parfois lorsque nous vous surveillons, que nous voyons certains d'entre vous peiner, que nous traquons l'éventuelle et hypothétique fraude. Alors oui, c'est vrai, vous nous avez déjà vu rire durant une épreuve, et c'est vrai, nous rions... chacun son truc pour se changer les idées, Mister H. et moi n'étant pas des fanas absolus des surveillances.
Vous savez également que nous aimons à ce que vos examens se déroulent dans de bonnes conditions. Parfois une blague, parfois une douceur à la fin de l'épreuve, bref, autant que tout se passe bien.

Alors ici, au staff d'HD-Ready, on s'est dit qu'un petit supplément patate ne serait pas de trop.
Oh, rien de bien extraordinaire, hein.
Ce n'est pas comme si on allait tout de suite vous dire ce en quoi consiste La Surprise, ou ce que l'on vous réserve pour le concours (oups, tiens, j'ai dit "concours"?) du mois de mai, par exemple.
Rien non plus de super-monstreux, d'over-ouf, de crazy-guedin, non, non, rien de tout ça.
Presque rien, en fait, juste un petit quelque chose à peine perceptible, à peine un effort de lecture, même pas une minute d'attention. 
A peine quelques mots, en fait.

Nous ne le répèterons jamais assez, HD c'est avant tout votre journal, il vous a accompagné tout au long de l'année et va continuer à le faire encore un moment.

On vous souhaite donc beaucoup de courage, de résistance, de ferveur, de réussite, d'inspiration, d'élévation, de réflexion, d'endurance, d'insouciance (un peu, mais pas trop non plus), de persévérance, d'un petit peu de chance, d'excellence... bref, on a confiance en vous, et vous aussi, Z'enfants et Z'enfants, ayez confiance en vous! 
Bande de brigands! 

par Mister D. et Mister H.
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Dimanche 4 mai 2008

publié dans : Ca s'est passé un...

"Mon Amouuur... "
"..."
"Mon Amouuuuuuur ?..."
"Gnnnhein ?... quoi ?..."
"Mon Amour, réveille-toi... faut que je te dise un truc..."

Un "truc", il est 4h54 un dimanche matin et elle veut me dire un truc.

"Il y a une chauve-souris dans l'entrée... Apple-Pie la pourchasse depuis une demi-heure !"

Ah oui... un "truc", un "truc" tout simple qui ne réveille pas d'un seul coup au milieu de la nuit avec l'efficacité d'un lance-pierre combiné à un seau d'eau glacée. Une chauve-souris, chez moi. Une chauve-souris qui agace l'instinct meurtrier de ma chatte, qui perturbe la paix de mon foyer et irrite ma nuit déjà courte (considérez que je m'étais couché vers 3h du matin après une discussion passionnante et riche avec mon Meilleur Ami).
Une chauve-souris... Batman ! Et moi qui n'ai rien à me mettre !

Ma compagne prend immédiatement les choses en main, le plan de bataille est rapidement dressé :

1 - Sortir de la chambre.
2 - "Il faut sauver le soldat Apple-Pie" abandonnée à l'ennemi dans les affres nocturnes de l'obscurité hostile.
3 - Ramener Apple-Pie en zone alliée.
4 - Neutraliser l'envahisseur en limitant son accès à la cuisine.

Ma compagne, en bon général de brigade, reste au Q.G., c'est moi qui dois aller affronter le monstre.

Récupérer le chat n'a pas été une mince affaire, il a fallu développer des trésors d'imagination pour la distraire de son nouvel ami ailé et la ramener au bercail des chats-heureux. Mais, à l'aide d'un élastique dont on la sait folle, nous l'avons sauvée des griffes de la menace aérienne ennemie.

Bien... très bien. Mais le plus difficile reste à faire.

Tout d'abord, vérifier que les foules civiles sont en sécurité. Ragott, insouciant, s'éclate dans sa cage, Tic et Tac tournent en rond dans leur aquarium. Tout va bien de ce côté.
Ensuite, prévenir les renforts. Inutile de composer le "18", nous avons un moyen d'appel plus rapide. La bougie.


Une fois les populations civiles à l'abri, une fois les renforts contactés à l'appui de notre position, il faut sélectionner un armement adéquat pour affronter l'ennemi tapi dans l'ombre de notre cuisine derrière un tuyau de chauffage, juste au-dessus de la porte d'entrée. Ne disposant pas de pistolet à neutrons, je me décidais à attaquer avec un armement plus conventionnel : mon sabre laser Star-Wars que des Z'enfants de l'an dernier m'avaient offert.

D'un trait, j'ouvre la porte, je me faufile à quatre pattes dans la zone d'activité, me dirige furtivement vers la fenêtre tout en essayant de ne pas éveiller l'attention de l'envahisseur qui, naïf, me croit encore endormi et ne s'est sans doute pas aperçu de la disparition du chat et du rétrécissement de son espace d'évolution. Tout en gardant un oeil attentif sur l'animal (que j'ai pris soin de filmer avec le camescope de Mister D. en mode nocturne), je pose une main sur la poignée de la fenêtre que j'ouvre en grand, en vaste, en immense.
Ooooh, bien sûr, j'aurais pu me contenter de lui asséner un grand coup de sabre laser sur la cafetière et de l'achever à coup de talon. Il ne me fait pas peur Batman ! Mais je sais être seigneur, je sais être grand, je sais être magnanime et généreux, et je préfère lui laisser la vie sauve. En même temps, je ne me voyais pas trop tapisser la cuisine de tripes de chauve-souris, même si sa paire d'ailes griffues eussent été du meilleur effet comme trophée au-dessus de mon canapé.
Une fois ma mission d'ouverture de la fenêtre terminée, je retournais vers la base à quatre pattes. Ma compagne est là, derrière la porte close de la chambre, enfermée, en sécurité, en soutien logistique et moral... elle joue avec le chat en chantonnant "Indiana Jones" et en appuyant mon action : "Vas-y mon Amour, t'es le meilleur, j'ai confiance en toi, non, arrête de jouer avec cet élastique Apple-Pie, le moment est tragique, nous serons peut-être veuve et orpheline si l'Homme ne revient pas de sa bataille pour notre liberté".
Sympa le soutien moral, j'ai connu des campagnes de propagande plus efficaces.

5h12, l'heure de l'assaut avait sonnée (dong dong). J'avais l'avantage du terrain que je connais parfaitement. Quelques heures auparavant, j'avais préparé deux steaks hachés avec des nouilles que j'avais fait revenir dans une petite réduction d'oignons avec de la crème fraîche, salez, poivrez, servez chaud. Toutes les lumières de l'appartement son éteintes, le monde est plongé dans une obscurité propice à l'effet de surprise. Mon oeil de lynx (à lunettes, oui merci) s'habitue progressivement à la pénombre qui me devient familière et qui m'enveloppe de sa rassurante couverture ténébreuse. Je tiens fermement mon sabre laser dans ma main gauche. De ma main droite, je m'agrippe sèchement à la poignée de la porte de la cuisine. Je l'entrouvre. Le silence est pesant sur le champ de bataille, les forces en présence s'observent. Je sens la respiration haletante de l'animal dans l'obscurité... Bon... je lui laisse une chance, je referme la porte. Puis, douuuucement, je l'ouvre à nouveau. Il est toujours là. Je lui octroie généreusement une deuxième chance.

L'opération "Batman go home !" va bientôt être déclenchée.

J'ouvre une septième fois la porte (pour la fluidité de la lecture, j'ai éludé quelques épisodes visant à laisser une fenêtre de sortie à la bête. La force armée doit rester la dernière solution. Il faut privilégier les voies diplomatiques. La guerre est la dernière raison des rois : "ultima ratio regem").
Cette fois, c'est l'assaut ! En caleçon et T-shirt (ma tenue de combat-camouflage-cuisine), je me lance d'un bond félin dans le feu de l'action, mon sabre à la main. J'arc-boute mes pieds nus sur le carrelage glacé de la pièce endormie. D'un geste vif, je ferme la porte pour faire face à l'agresseur, dans un demi-tour souple et rapide. La surprise est totale, le combat est inévitable dont l'issue garantira la sécurité et l'intégrité de notre territoire familial.
Mais tandis que je pensais l'ennemi prêt à fondre sur moi, son campement est vide, abandonné.

Batman, appeuré, avait pris la fuite.

Heureusement, sinon je pense que j'aurais sauté par la fenêtre...


(Voyez le monstre, tapi dans l'ombre)

par Mister H.
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Vendredi 2 mai 2008

publié dans : Ca s'est passé un...

Il est possible que les moins hermétiques d'entre vous à la télé-réalité se souviennent un peu de cette émission navrante diffusée par M6 en mai 2004 : "Le chantier".

La plupart des candidats sont restés totalement anonymes après avoir porté valeureusement le casque du maçon, ou les lunettes du terrassier, ou les gants magiques du marteleur-piqueur.

Tous sont restés sobrement anonymes, même cette jeune personne. Au fait, de qui s'agit-il ?

Gloires et louanges éternelles à Ally Ashes pour m'avoir fait parvenir ce document rarissime d'une valeur culturelle inégalée depuis l'invention de l'eau tiède.

Voyez Olga (une amie très éloignée de Pluto).

par Mister H.
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Dimanche 20 avril 2008

publié dans : Ca s'est passé un...

Hier, s'est tenue à Angers la deuxième journée de droit médical, qui était aussi pour moi la deuxième (et, pour reprendre les mots de l'organisateur, j'espère qu'il ne s'agissait pas de la seconde) fois que j'avais l'occasion de m'adresser à un public non Z'enfantin.

Le thème était consacré à quelques questions de reponsabilité médicale pénale. Nous avons ainsi pu entendre un procureur, un extraordinaire juriste ayant été un temps au service de l'AP/HP (Assistance Publique des Hôpitaux de Paris), une juge d'instruction, un avocat et un professeur de médecine-légale.

Et puis, accessoirement, un ami et moi avons ouvert la journée.
Les Z'enfants de L3 (ou même de M1) connaissent bien ce sentiment, et il faut admettre que les souvenirs de mon enfance Z'enfantine ont ressurgi de façon très vive quelques minutes avant ledébut des débats.
C'était flippant, de faire un exposé devant un public de professionnels.
Cela l'était même, mais pour des raisons totalement différentes, d'en faire un devant les quelques Z'enfants qui, pour un tas de raisons mais aussi pour celle-là, m'ont fait l'immense plaisir de venir et d'assister à l'intégralité de la journée.

La veille au soir, nous étions encore en train d'effectuer les dernières corrections, de nous relire, de nous minuter afin de ne pas dépasser le temps qui nous était imparti pour présenter notre sujet... et hier matin, nous avions une soudaine envie d'aller visiter la belle ville d'Angers plutôt (oui, oui, une vague connaissance de Milou) que de nous lancer dans la bataille. C'est à ce moment que quelques précieux mots d'encouragements me sont parvenus, ainsi qu'à mon collègue et ami. Un petit courant d'air chaud, comme ça, ça fait du bien.

Et puis voilà, les premiers mots ont été prononcés, nous sommes montés nous installer face à l'amphithéâtre, et nous avons vu le public attendre, patiemment et déjà intéressé, le début des exposés.

Nous avons, réputation de juristes oblige, largement dépassé le temps qui nous était imparti.
Encore un peu assommé par l'exercice, mais percevant ça et là, surtout vers le fond de l'amphi, des sourires, je me suis laissé couler sur mon fauteuil.

Et le procureur a pris la parole... c'était un vrai, un qui affirme, qui requiert, qui revendique (les p'tits jeunes ont cité des arrêts de la Cour de cassation? moi aussi, je peux le faire! Ce sont les mêmes? C'est pas grave, je peux quand même le faire!), et qui nous a même fait le bonheur de découvrir l'arrêt Mercier... les connaisseurs apprécieront.

Ce fut ensuite au tour de l'ancien juriste de l'AP/HP de prendre la parole.
C'est un publiciste (bweeeeee).
Et là, ça me fait mal de l'admettre, mais... il a été tout bonnement extraordinaire. Tous les regards étaient tournés vers lui, la complexité du sujet qu'il traitait est passée comme une lettre à la poste, le tout avec un petit accent du sud. C'est de la concurrence déloyale, ça, l'accent du sud.

Après un rapide mais très agréable repas, nous avons regagné l'amphi pour la seconde partie de la journée.
Et les réflexes Z'enfantins ont repris le dessus... Installé au fond de l'amphi, abreuvé de réflexions nazes et rigolotes par mon voisin de fauteuil, c'est, je dois l'avouer, d'une oreille un peu distraite que j'ai suivi les débats, opposant de façon de plus en plus acharnée la juge d'instruction et l'avocat.

L'avocat aussi, c'était un vrai... du genre qui donne une soudaine envie de guacamole. Durant son intervention, en réalité passionnante d'un point de vue pratique (à la seule réserve près qu'il annonçait sa conclusion toutes les cinq minutes, mais la technique est connue chez ces praticiens: ils concluent sous toutes réserves, et ses réserves étaient inépuisables), nous avons avec quelques Z'enfants procédé à un fructueux échange de SMS culturels et scientifiques. Je me devais bien, en tant que chargé de t'aider, de préciser quelques points techniques en-dehors même de la fac...

Puis l'expert médecin-légiste est intervenu, les débats ont conduit à un échange très serré entre les praticiens, une Z'enfant a posé LA question que les autres avaient oubliée (et qui méritait uen réponse qui, je l'espère, aura satisfait l'intéressée), et la journée s'est achevée.
Nous avons quitté, après ce qui fût un vrai beau "colloque" plein d'informations utiles et de questions importantes (toutes les réunions universitaires n'ont pas ce mérite), l'amphitéâtre Larrey. 

Du nom du médecin de Napoléon...  

par Mister D.
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Vendredi 18 avril 2008

publié dans : Ca s'est passé un...

Vous ne l'avez pas connu pour la plupart d'entre vous, mais sa voix particulière, son timbre acide et son registre aigu résonnent dans vos oreilles, dans vos postes et, pour certains, jusque dans vos lecteurs MP3.

Il meurt il y a dix ans d'un crabe amer qui lui broute le poumon. Il meurt dans une forme d'indolence qu'on pourrait lui envier, s'il n'avait pas tant souffert. Il meurt en ayant prévenu son épouse que sa mort le rendrait célèbre et qu'elle pourrait vivre avec sa famille sans avoir besoin de revenus supplémentaires que celui de son œuvre lui offrirait.

Aujourd'hui, en 2008 nous sommes dans une période de "que reste-t-il ?".
La question fuse à tout bout de télévision : Que reste-t-il de mai 68 ? Que reste-t-il de la Gauche ? Que reste-t-il de la démocratie ? Que reste-t-il de l'amour ? que reste-t-il de cette flammèche qui illuminait hier encore le regard de ceux qui pensaient que la Chine allait s'éveiller à la paix ? Que reste-t-il des années CHIRAC ? Que reste-t-il du Monde ? Que reste-t-il à dîner ce soir ? Que reste-t-il dans ma flute de champagne ?

Aujourd'hui, vingt ans après sa disparition : que reste-t-il de DESPROGES ?

Il reste ses textes, bien sûr, mais il reste aussi un visage de comique inédit pour l'époque.
Les entretiens délirants, c'est lui ; MEZRAHI n'a fait que copier l'idée.
L'acidité décoiffante, c'est lui ; GUYON n'a fait qu'imiter.
L'humour limite-limite, c'est lui ; Elie et Dieudonné n'ont rien créé.
En un mot, DESPROGES c'était lui, les desprogistes n'ont fait que suivre son appel et marcher dans ses empreintes, mais celles et ceux qui se prétendent aujourd'hui de son école sont souvent les élèves que le maître aurait refusés. Il y a sans doute plus de "Nouveaux DESPROGES" qu'il n'y aura jamais de "Nouveaux COLUCHE" ou de "Nouveaux DEVOS" ou de "Nouveaux KAKOU". La raison est des plus simples, c'est juste qu'il y a davantage de dénonciations à faire sur une scène que de vrais rires absurdes à déclencher. Car entre les lignes un peu folles de ses textes, DESPROGES ne manquait jamais de stigmatiser amèrement un comportement ou une frange de la société. Son humour était parfois grinçant pour ceux qui l'écoutaient, mais tandis qu'il faisait rire ceux que ça ne concernaient pas, il faisait monter de sa scène, de sa télé ou de son poste de radio une plainte qui était insupportable à écouter pour ceux qu'incidemment elle visait.

Une de ses plus grandes pretations fut le "Tribunal des flagrants délires". Or quand le "Procureur de la République, DESPROGES, française" tonnait, il était préférable d'être du bon côté du fusil, car il avait la chevrotine un peu saignante quand il n'aimait pas l'accusé.

Car DESPROGES faisait rire de tout, mais pas n'importe qui.

Je vous laisse écouter un texte de DESPROGES dans un de ses réquisitoires les plus percutants. Il a en face de lui
Roger COGGIO qui n'est pas spécialement resté dans les mémoires. Le texte de DESPROGES est très virulent et se termine sur une note très acerbe. Car quand il menait un vrai combat, il n'y avait pas à se tromper, le rire n'était plus là. Il l'avait dit en septembre 1982 : "On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde". A écouter jusqu'au bout, ne serait-ce que pour la lettre ouverte à BREJNEV et REAGAN.

Si vous me chopez sur WiLM et que vous êtes gentil, je vous enverrai son réquisitoire sur Yvan DAUTIN qui était "bien plus qu'un ami pour" lui... Et là, vous allez rire pour de vrai et à larynx déployé...

Étonnant, non ?


(P. DESPROGES : "Tribunal des flagrants délires, Réq. contre Roger COGGIO")

par Mister H.
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Vendredi 11 avril 2008

publié dans : Ca s'est passé un...

Aujourd'hui, c'est vendredi, c'est la folie, tout est permis.
Aujourd'hui, tel Mister Di., je me suis fait un plaisir tout p'tit, le genre de plaisir qui revigore l'extrême indigence d'une journée plate et morne comme un couscous sans semoule... Un couscous sans semoule, finalement, ce n'est qu'une potée auvergnate avec du poulet... sans les pommes-de-terre.

Aujourd'hui, je suis isolé, abandonné, je n'ai plus de ouistiti, plus d'envie, plus d'appétit. Alors, pour le repas de ce soir avec quelques amis, je suis allé faire des emplettes guillerettes dans une supérette. J'ai acheté l'indispensable et le nécessaire pour réussir un de ces plats de tueur qui font de moi une élite de la gastronomie mondiale à l'échelle de Nantes. Arrivé en caisse, je fais la connaissance de Patricia. Mon hôtesse est charmante, j'engage la conversation sur tout, rien, et ce qui va autour. Puis tout à coup, rattrapé par son destin caissier, elle botte en touche et me lance : "Ça fait quarante-cinq quatre-vingt-quatorze".
Aujourd'hui, c'est la folie, je fais un chèque, sapristi : "Vous ne le remplissez pas s'il vous plaît, la machine va le faire".
Laissons donc œuvrer la bête... Quand la machine eut accompli son impressive besogne, la douce Patricia me tendit mon chèque, rempli comme il se doit, afin que je l'authentifie de ma griffe.
Or, précisément, c'est bien d'une griffe qu'il s'agit et non d'une aimable croix ou d'un petit mot doux rapide que tout le monde peut faire. Il faut le reconnaître, ma signature est assez imposante, sans lever le stylo pour la rendre difficile à imiter (que celui ou celle qui n'a jamais imité la signature d'un de ses parents me jette la première cyber-pierre). Une fois mon autographe apposé sur la formule de chèque, je tends la lettre de créance à mon hôtesse qui s'étonne de l'ampleur du gribouillage... "Elle prend beaucoup de place" me lance-t-elle en rangeant l'affaire dans le tiroir de sa caisse.
Lors, prenant mon sourire le plus malicieux, mon regard le plus coquin et ma voix la plus suave, je me penche en avant au dessus du tapis et lui susurre assez fort pour être bien entendu : "Oui, et vous n'êtes pas la première femme à me le dire en public..." le tout accompagné d'un petit clin d'œil couleur-tout-de-suite.
Patricia aussitôt rougit, se sentit mal, puis finit par éclater d'un rire cristallin vite communiqué à la personne qui attendait derrière moi et qui n'avait rien raté de notre entretien. Patricia : Merci.

J'étais plutôt content de moi et je me dirigeais joyeux vers ma belle twingo grise qui m'attendait à quelques rares pas de mon exploit. J'avais réussi, par chance et sans m'imposer, à trouver une place de parking proche de l'entrée d'alors, devenue ma sortie depuis. J'ouvre ma malle arrière, et là, dans mon ombre, tapi comme un crocodile à l'affût, froid et pénétrant, je le sens.
"Qui donc ?", demanderez-vous... et bien celui qui voulait ma place-proche-de-l'entrée (que j'ai l'habitude d'appeler "place-de-Dieu").
Là, mon esprit monstreusement monstrique se mit en marche. Je pris tout mon temps pour ouvrir mes sacs, sortir les courses solides et les mettre dans un sac, puis les achats fragiles dans l'autre, faisant mine d'ignorer tout à fait la gluance du véhicule pilleur de place-de-Dieu. Franchement, je pensais qu'il ne tiendrait pas une minute. Mais cinq minutes après le début de mon manège, il piaffait toujours à quelques mètres de moi, son moteur vrombissant presque des insultes par-dessus le cliqueti agacé de son frein à main... A la fin de mon transbordement de courses, je sortis la tête de mon coffre, posai les mains sur mon caddy puis, laissant ouvert mon véhicule, j'allai remettre le caddy à sa place d'origine. En faisant le trajet qui me séparait du hangar-à-chariots, je m'imaginais le soulagement de l'automobiliste qui se disait que son attente était enfin terminée et qu'enfin il allait pouvoir se vautrer sur ma place-de-Dieu. Sagement, je range le caddy, je récupère la pièce-caution, la glisse dans ma poche de pantalon et, dans le même geste, j'en extirpe mes clés de voiture. Je relève le nez et pose mon regard sur l'automobiliste impatient qui m'offre son plus magnifique sourire crispé : "Magne-toi la rondelle" semblait-il me hurler silencieusement...
Puis, m'approchant de ma voiture, je mis la main sur le coffre.
Dans mon dos, je l'ai entendu desserrer son frein à main... Mais il a dû enrager quand, contre toute attente, après avoir clos mon coffre, je m'assurais de ce qu'il était fermé à clé pour m'éloigner de ma voiture en direction de l'entrée du supermarché.

Ma place-de-Dieu, il faut la mériter !

par Mister H.
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Lundi 7 avril 2008

publié dans : Ca s'est passé un...

Dans une année universitaire, il y a deux matins où attendre le retentissement de la sonnerie du réveil repousse aux limites de la grossièreté les bornes de l'inutilité. Ça ne sert à rien d'attendre qu'il sonne puisque l'esprit est déjà en éveil, la pensée en émoi, le coeur en ébullition.

Le premier matin, c'est au jour du premier TD. On se réveille si tôt qu'on en vient à se demander à quoi ça a servi de se coucher. Les pensées les plus diverses traversent la tête : comment commencer ? que dire en début de séance ? comment faire passer le courant au plus vite ? Comment tirer les premiers sourires, ceux qui galvanisent, qui rassurent, qui mettent en confiance, ceux qui, loin d'être un dû permanent, sont un cadeau à mériter, véritable carburant de chaque séance, moteur de l'intelligence, révélateur de la compréhension...
En quelques heures d'une nuit agitée, toutes les questions sont traitées pour essayer de percer les mystères de ce nouvel inconnu qu'on essaie de cerner depuis des années. Mais les réponses ne viennent jamais dans l'épaisse onctuosité silencieuse de la nuit d'avant la première séance. A force de se retourner dans tous les sens, l'esprit fertile en divagations oiseuses finit par avoir raison du corps épuisé, on se lève, on se prépare, on fait le deuil des questions restées sans réponse car, nécessairement, elles seront résolues dans les premières lueurs de l'aube. A quoi bon attendre le réveil, la journée sera si riche qu'on peut bien se dire qu'on dormira un autre jour...

Le deuxième matin, c'est à l'orée de la semaine des derniers TD. Le sommeil vient, oui, apaisant, tranquillisant, rassurant, réparateur. On laisse de côté les questions lancinantes de la semaine, on abandonne à Morphée les interrogations stériles sur l'inévitable issue d'une année de service complet. Il fallait bien que ça finisse puisque aussi bien cela avait commencé. On repense à ces "premières séances", quelle que soit l'année. On se dit que ce n'était pas si loin, hier peut-être, avant-hier sans aucun doute. On revoit les premiers sourires, les plus tendres en fin de compte parce que les plus difficiles à obtenir. On relit les premiers mails, on se répète les phrases qui font avancer, on se remémore les souvenirs d'une année riche... On compte les copies, on compte les SMS, on compte ces minutes particulières dont personne d'autre ne profitera jamais. On énumère les prénoms, on égraine les instants joyeux, on oublie les instants tristes, on méprise les instants d'angoisse. On s'amuse à compter le nombre de séances, à les convertir en jours, en heures, en minutes, en éternité si c'était possible.

La question n'est pas de refaire l'année, elle est passée, c'était bien ; on en a intensément humé chaque seconde, on a profité de chaque instant, on s'est gorgé insatiablement de toutes les minutes de bonheur qu'enseigner procure comme si elles étaient autant d'infimes parcelles de soleil chaleureux avant les ombres d'une nuit ténébreuse interminable.
La question n'est pas de refaire l'année, on ne savait déjà pas comment la charpenter il y a encore peu de temps.
La question n'est pas de refaire l'année, elle est faite et bien faite.

La question est qu'on rêve qu'elle n'ait été qu'un rêve, et que, puisqu'elle n'était qu'un rêve, on voudrait qu'elle devînt réalité.

par Mister H.
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Samedi 5 avril 2008

publié dans : Ca s'est passé un...

C'est assez rare pour être souligné, hier : je me suis couché de bonne heure. Là, j'étais fatigué par une journée de publipostage à but non lucratif et altruiste tournée vers la fac.

C'est sympa le publipostage, je ne connaissais pas cette pratique appliquée aux mails. Ça permet d'envoyer 426 mails identiques et personnalisés. Donc, au lieu d'envoyer un mail à 426 destinataires, on envoie 426 mails en peu de temps. Ô technologie : merci. Sauf que mon serveur free a pris peur et m'a bloqué pendant quelques heures. Et ça c'est pas cool, je ne suis pas un spammeur.

C'est assez rare pour être signalé, généralement, quand je ne dors pas le matin et que je me plante à 5h30 devant la télé, les chaînes ne changent pas toutes seules. Or, là, c'est le cas. C'est fort ! Au début je me suis tourné vers une explication magique. En fait non ! Ça n'a rien à voir avec un éventuel pouvoir supra-naturel. C'est simplement que ce matin : nous sommes deux à ne pas dormir et que je n'ai pas le monopole de la télécommande, comme d'autres n'ont pas celui de la patate ou du cœur.

Pourquoi ne dormons-nous pas ce matin ? C'est très simple. Il y a, perché sur la branche d'un arbre du voisinage, un oiseau dont le nom m'est inconnu. Cet oiseau est rigolo mais bruyant. Il a un cri plus proche du réveil matin que du gentil et innocent piou piou. Cet oiseau ne chante pas. Cet oiseau ne pousse pas un cri. Cet oiseau hurle. Il hurle un son strident et vicieux du style piip-piip... piip-piip... piip-piip. Après les vibrations malheureuses de ce son infernal, il fait une pause. Sympa. Puis il reprend en modulant son épouvantable tourment auditif. Le hurlement est différent cette fois. Ca relève plus du couinement d'une porte qu'un enfant s'amuserait à ouvrir et fermer très vite : wii-wou-wii-wou-wi-wou-wii-wouuuu... wii-wou-wii-wou-wi-wou-wii-wouuuu... wii-wou-wii-wou-wi-wou-wii-wouuuu... (oui, je parle couramment l'oiseau-chiant).

Voilà, on a envie de l'occire, de l'empaler sur un cure-dent, un pic à brochette ou une épée, le rôtir et le manger. Même à 5h30 du matin c'est insupportable. Le tout en plein centre-ville, j'vous d'mande un peu : où va le monde si en plein centre-ville on ne peut pas bénéficier du bruit des voitures et des tramways ? Même l'éléphant dort à cette heure-ci !

La vie est trop t'injuste. J'vais lui envoyer mon chat-tueur-d'oiseaux-derrière-les-vitres s'il continue !
Bon réveil, bon week-end, il est 5h45. Rhaaaaa, il a rechangé de huuuuurlement !

par Mister H.
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