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Lundi 11 février 2008

publié dans : Mauvaises humeurs

Vendredi, c'était le forum des métiers et de l'enseignement supérieur dans la mégalopole mayennaise, ou plutôt juste à côté, à Saint-Berthevin. 

C'est important, le forum des métiers, et c'est intéressant aussi: on y croise de futurs Z'enfants, seuls ou accompagnés de leurs parents angoissés. On y croise aussi des ribambelles d'affreux mômes vomis par des cars scolaires, qui se traînent de stand en stand, crête capillaire en avant, pour faire la collec' des autocollants et des crayons promotionnels, sans prononcer un mot (Bonjour! Bonjour? BONJOUUUUR?!). 

En raison de circonstances bien indépendantes de ma volonté, je me suis retrouvé très vite en pleine conférence sur le thème "Suivre des études juridiques". Le coeur battant, l'angoisse montant, les mains moitant, je m'installai derrière le pupitre, coincé entre un avocat qui manifestement était hyyyyyper content d'être là (même s'il n'avait pas l'air de savoir pourquoi), un universitaire et une animatrice déjà fatiguée à onze heures du mat'. 

S'ensuivit un dialogue très marketing, fruit d'une longue habitude chez la susdite animatrice: 
- Alors vous êtes Monsieur [...] (absent, c'est lui que je remplaçais)?

-Euh non, je suis Mister D. mais il y a deux "T" à mon prénom et... 

-Oui oui, super, formidable, bon; voilà comment ça va se passer... 
[sourire béat de l'avocat, vraiment extatique. Il était vraiment content d'être là]

L'animatrice reprend: 
- Bon, voyez, je pose des questions, tac tac, et je vous passe la parole, trente secondes, pour faire une réponse un peu punchy, ce sont des lycéens hein, et puis je fais avancer le débat, quoiiiiii...
[l'avocat va se luxer la mâchoire tellement il se marre, l'universitaire, arrivé en retard, considère avec attention sa cravate]

Instruit de cet édifiant programme, je considère l'assistance: au moins une douzaine de lycéens dubitatifs, ainsi qu'une mère de famille visiblement déjà angoissée, dans une salle de cinquante places. Bon, va falloir retenir l'attention de ces hypothétiques futurs Z'enfants. 

L'animatrice démarre en trombe: "Oui bonjour, alors nous sommes en compagnie de Mister V. (j'ai déjà abandonné l'idée de la reprendre), de Maître Folasse [son nom a été modifié pour protéger sa famille et m'éviter un procès] et de Monsieur [..., mêmes raisons], universitaire, qui vont vous parler, tac tac, des métiers du droit et des études juridiques, quoiiiii. Alors, Mister B.?"

Alors là, qu'on me permette un aparté. Bien, d'accord, j'ai maintenant trois noms de famille, dont aucun n'est le mien. Ok. D'accord, je prends la parole en premier face à un universitaire, pourquoi pas. Encore d'accord, la question est hyper précise, je la rappelle juste pour être sûr: "Alors?". C'est bien, c'est concis, c'est pas général du tout.
J'aurais bien commencé à caresser un bon de colère, moi. 

Soit, je me lance. Après trente secondes douloureuses face à un public qu'on pourrait qualifier de "difficile" (trois blagues pour détendre l'atmosphère, trois échecs accompagnés d'un regard courroucé de l'universitaire et d'un invraisemblable sourire de l'avocat. Je ne sais pas à quoi il tourne, lui, mais il va falloir qu'il m'en donne), l'animatrice m'interrompt. J'ai eu le temps de développer une demi-idée, en tâchant de choisir des mots non-juridiques, histoire d'être compréhensible.

La parole est maintenant à l'universitaire: "Vous savez, on entre en droit comme on entre en religion. C'est beaucoup de travail, la Licence est un cursus tubulaire, mais c'est indispensable si vous envisagez d'intégrer une profession à ordre, ou si vous voulez être constitutionnaliste, fiscaliste, quoi-que-ce-soit-iste..."

On vient de perdre trois personnes. 
J'accroche le regard de l'animatrice fatiguée, et je perçois à la fois une once d'humanité et la raison de sa fatigue à cette occasion. 

Bien, c'est à l'avocat de raconter son parcours. Hilare, transpirant l'allégresse et l'incompréhension, il entame un résumé de sa vie, femme et enfants compris. Le tout parsemé de "vocables, judiciarisation, fiscaliste (oui, encore), droit prospectif, etc."

Encore trois lycéens de perdus, le public est désormais composé de six personnes. Cela fait déjà près de dix minutes qu'on parle.

La torture se termine au bout d'un long quart d'heure, et un Z'enfant se dirige vers moi pour me poser une question: "voilà, je suis en bac pro compta, j'ai un projet professionel très précis et je voudrais faire des études de droit, au moins la Licence, pour travailler en entreprise. C'est un problème, de faire un bac pro?"

Reconnaissant de pouvoir enfin renseigner quelqu'un utilement, je commence à lui répondre qu'un bac pro n'est pas un handicap pour les études, que s'il est motivé il n'y a pas de raison qu'il échoue, du moment qu'il fait du droit privé...
Et l'universitaire intervient: "vous savez, on entre en droit comme on entre en religion... vous faites un bac pro? Ohlàlà, ohlàlà, ça va être très difficile, vous n'avez pas le niveau, laissez tomber...en plus, cinq ans, c'est le minimum, hein..."

Devant le Z'enfant déconfit, je cherche un peu partout un bon de colère. Trop tard, il s'est liquéfié. 

Le reste de la journée s'est bien passé, elle fut émaillée de joies simples: "bonjour, je veux être profaîîleur", "bonjour je veux être juge pour enfants", "bonjour je veux faire du droit public"... autant d'occasions joyeuses de dévoiler le côté monstreux des chargés de vous aider... 

Suivre des études juridiques, c'est pas facile. Alors les rattraper...

 

par Mister D.
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Mercredi 9 janvier 2008

publié dans : Mauvaises humeurs

Encore un ! C'est quand même pas possible ! Encore un !

Encore un quoi ? un impôt ? un tampon ? un z'enfant ? un retard de paiement ? Encore un moment de solitude ? Encore un chien écrasé en bas de chez moi ? Encore un train en retard ? Encore un album de Michèle TORR-sur-le-retour-on-l'avait-presque-oubliée-ouhlala-ouhlala ? Encore un travail à rendre ?

Encore un quoi ?

Un hoax ! C'est un hoax qu'on m'a encore envoyé, alors pourtant que je n'avais rien demandé. Moi dont la mailbox est si sage, si gentille, si aimable, on m'a encore bombardé de cyber-bouse, de déchet binaire, de détritus hexadécimaux, de pixels crasseux, de e-vents intestinaux. J'en ai marre... ras-le-bol, plein le citron. Je ne sais pas comment le dire : ne m'envoyez pas de mail contenant un hoax... pitié !

Un quoi ?

Un hoax... un courrier électronique contenant une information fausse destinée à attirer la compassion du destinataire. Sa compassion, son attention ou même sa pitié ou son angoisse. Ainsi, pêle-mêle, avez-vous été alertés pour Noëlie (déjà dénoncé sur ce e-journal), pour la fin de MSN, pour le virus du siècle, pour le sang-super-rare-qu'on-cherche-depuis-la-nuit-des-temps, pour la fin du monde. Vous avez été appatés pour recevoir des Nokia dernier cri, des rolex gratuites, des abonnements à vie pour des journaux qui n'existent pas... Mais en réalité, à chaque fois que vous transmettez votre mail, subrepticement, la liste des différents destinataires devient une source incroyable de transmission de vrais virus. Alors résistez !

"Comment ?" demanderez-vous... Je sais, c'est pas évident ! Moi-même j'ai du mal... et là, sur le dernier hoax, j'ai envoyé une réponse un peu chaude. Navré mais j'étais excédé.
En fait, selon l'expéditeur du hoax, il faut trouver des réponses adéquates.
Je suis bon, je suis généreux, je suis seigneur, je partage !
Je vous offre quatre courriers types en fonction de l'expéditeur.

Courrier n°1 :
Le super-pote-qui-super-pollue-votre-super-mailbox.

Mon cher Machin, [Mettez le prénom du pollueur, ou laissez "Machin", ça casse bien]
J'ai bien reçu ton mail. Il m'a fait plaisir. Si si, très.
Je te remercie de prendre de mes nouvelles. Puisque tu ne me le demandes pas, je vais bien. Comme tu ne t'en inquiètes pas, ma greffe de moëlle osseuse a bien pris, même si l'opération a provoqué l'explosion de mon ulcère de l'estomac. Du coup, j'ai été hospitalisé pendant six mois. Six longs mois pendant lesquels je n'ai eu aucune nouvelle de toi, c'est dire si ton mail du jour me touche énormément.
Je vois que tu n'es pas trop angoissé pour Toby [Votre chien, votre chat, votre canari, si vous n'en avez pas : inventez]. Il est mort dans d'atroces douleurs après être passé sous le rotoculteur du voisin tandis qu'il dormait paisiblement sur sa pelouse. 
Merci pour ton mail, il me fait plaisir, mais franchement, la fin de MSN ne me concerne pas depuis que je dois taper mes courriers en clignant des yeux.
D'ailleurs, excuse-moi d'avoir mis une semaine à te répondre, c'est le temps qu'il m'a fallu pour écrire ce mail. En bavant.
Bien à toi.
[Signez].

Courrier n°2 :
La vague-relation-qui-pollue-vaguement-votre-vague-mailbox.

Machin, [Mettez le prénom du cuistre]
Tu ne m'écris jamais et tu m'envoies un hoax. Que dire ?
En fait, je ne me souviens même pas qui tu es et tu penses qu'en polluant ma mailbox avec tes imbécilités je vais te répondre un truc gentil ? t'as pas l'impression d'exagérer ?
Tu me parles de Noëlie, je ne la connais pas plus que je ne te connais. Alors je me demande si j'enverrais des sous s'il s'agissait de toi. Et bien non ! [Vous pouvez moduler : "Tu me parles de MSN, le truc que tu n'utilises pas ?" ou "Tu me parles de sang rare, j'ai plus vite fait de t'envoyer de la cervelle" ou encore "Tu me parles d'une météorite, si elle a un GPS donne-lui tes coordonnées qu'on gagne du temps" ou "Tu me parles de gagner un nokia, si c'était mon jour de chance, je ne t'aurais jamais connu"...]
Merci de passer ton cyber-chemin et d'aller polluer quelqu'un qui ferait quelque chose pour toi.
J'ai quand même peur que tu cherches longtemps.
Enfin, l'espoir fait vivre... j'espère que tu en as, je ne t'en enverrai pas non plus !
[Signez]

Courrier n°3 :
Le contact-professionnel-qui-ne-vous-écrit-jamais-de-mail-gentil.

Monsieur [ou madame hein, c'est selon, soyez fin]
J'accuse bonne réception de votre mail. C'est un hoax. Je ne vous en remercie pas.
Je constate avec amertume le peu de finesse dont vous faites preuve. Je m'étonne que vous restiez sourd à mes demandes d'augmentation, moi qui travaille avec vous depuis dix ans, et que vous m'envoyiez un mail dans le but d'implorer ma pitié pour une gamine du Québec qui demande une greffe de cheveu [ou n'importe quelle greffe pileuse, soyez inventif : poils d'aisselle, de mains, de moustaches, poils de jambes, poils de bras... poils pubiens, cheveu sur la langue (zça arrive, zsi zsi), cils, sourcils...].
J'en tire les conclusions suivantes.
Soit, il s'agit d'une gamine que vous êtes censé ne pas connaître et qui s'avère être biologiquement votre enfant. Auquel cas, vous seriez bienvenu de repenser à mon augmentation.
Soit, il s'agit d'une parfaite inconnue, pour laquelle vous avez un béguin, et si vous ne voulez pas passer pour un pédophile d'envergure internationale, il serait bon aussi de repenser à mon augmentation.
Donc, je vous suis très reconnaissant d'avoir envisagé avec bienveillance mon augmentation. C'est très gentil à vous.
Merci patron !
[Signez]

Courrier n°4 :
Le mail de votre pire ennemi-qui-vous-a-pollué-sans-s'en-rendre-compte (c'est obligé que ça vous soit déjà arrivé).

Hey Dugland ! [Bouffon, blaireau, crétin, banane, abruti, craignos, patate, pâte-à-cul, tête de compteur gaz...
Merci pour ton mail !
J'ai moi aussi reçu un truc dingue, il faut absolument faire suivre l'info à toute ta liste de contacts !
Il y a des gens qui, avant de savoir lire ou réfléchir, osent se servir d'un PC.
Je pense que tu en fais partie !
Si tu veux recevoir gratuitement un cerveau neuf avec le mode "lecture" en série et "réflexion au-delà du CM2" en option, transmets ce mail à 2500 personnes qui t'en seront éternellement reconnaissantes...
Maintenant, puisque tu t'y connais en informatique, je te serais obligé de bien vouloir formater ton cortex afin qu'il m'oublie le plus vite possible.
Même, s'il pouvait m'avoir déjà oublié, ça m'arrangerait.
[Signez]

Avec ça, vous êtes armés !
Que la résistance s'organise !

par Mister H.
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Samedi 17 novembre 2007

publié dans : Mauvaises humeurs
Depuis déjà quelques années, j'ai pris l'habitude, à chaque premier TD, d'adresser sous forme diplomatique un avertissement aux z'enfants, que je formule généralement ainsi:

"Vous devez savoir une chose: en tant que chargé de TD, c'est mon travail de préparer, voire de concevoir les fiches de TD. Pour les travaux que vous accomplirez sous ma direction, il est donc totalement inutile de vouloir me la faire à l'envers en recopiant une note d'arrêt,  figurant dans la fiche ou non. Quoi que vous ayez lu, quoi que vous trouviez, je le répète, c'est mon travail de l'avoir lu avant vous". 

J'ai également à coeur, dans l'écrasante majorité des cas, de modifier mes préparations d'une année sur l'autre (voire, quand la situation l'exige, d'une séance sur l'autre), ne serait-ce que par respect pour les étudiants et pour tâcher de garder une certaine "fraîcheur" , notamment jurisprudentielle, à la matière que j'enseigne.

Et chaque année, des petits malins (qui n'ont sur ce coup  pas grand chose de malin) tentent quand même de tricher.  Non seulement c'est parfaitement stupide (cf. ci-dessus), mais c'est également contre-productif:  le travail n'est pas fait pendant les TD, et le résultat à l'examen est, de manière générale, aussi  grossièrement catastrophique qu'il est naïf de croire qu'on ne va pas se faire choper.
Je ne supporte pas la triche, et je n'hésite jamais à la sanctionner.

La tendance est actuellement de suivre l'évolution des techniques et de croire que, puisque j'ai une tête à lire des livres, on va pouvoir s'en tirer en allant sur internet dégoter un commentaire ou une dissertation tout prêts.
Là ou ça devient vraiment idiot, c'est que les z'enfants qui ont ce raisonnement n'imaginent pas un instant qu'un chargé de TD qui converse avec eux sur msn et qui co-édite un journal sur internet pourrait avoir, comme ça, à tout hasard, l'idée d'aller sur les sites "spéciale pompe" qui fleurissent sur la toile.

Et en particulier sur oboulo.com.  Site ô combien utile, prenons un exemple. 
Les étudiants de L2 disposaient de la semaine d'interruption de cours de la Toussaint pour rédiger un commentaire d'arrêt sur le thème de la cause. Toute une semaine, pas de cours, pas d'examen à préparer.
Et certains sont allés honteusement pomper le commentaire disponible sur ce site. Mais vérifions quelques points: le commentaire d'arrêt est un exercice universitaire juridique.
- L'auteur du document litigieux est-il juriste? Non, il vient de Sciences-Po (Paris XI)
- Le "comité de lecture" est-il composé d'universitaires? Non: un "directeur opérationnel en charge du développement international", un "chef de produit secteur marketing internet", un "senior business development manager" et un avocat (formé à Sciences-Po et non à la fac de droit).
- Enfin, la valeur du document est-elle attestée? Non, il est écrit "non évalué".  Pour information, le plan de ce document ne vaut pas un clou.

Cerise sur le gâteau: pour obtenir le précieux document dans son intégralité, il faut débourser 3.95euros.
Je suis équitable: 4euros? 4/20.

Alors, une dernière fois: non, vous ne passerez pas entre les mailles du filet.
par Mister D.
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